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Keops II

KEOPS2 : expédition au cœur des 50ème hurlants.

29 novembre 2011

Force 10 et fin de mission

La dernière semaine des opérations de KEOPS2 (14-21 Novembre) a été particulièrement éprouvante. De profondes dépressions ont balayées notre zone de travail générant des vents atteignant parfois la force 10.

Nous avons du à plusieurs reprises arrêter les opérations en attendant que le vent et la mer se calment. Malgré ces dernières difficultés la mission KEOPS2 est un grand succès. Lors de notre dernier passage à Kerguelen, la tempête nous a également empêché de débarquer, provoquant une très grande déception. Nous n’avons pu qu’observer de loin les rivages enneigés de l’île avant de remettre en route vers le nord en direction l’ile Maurice puis l’ile de la Réunion.

Les derniers albatros (albatros à sourcils noirs) nous ont accompagné jusqu’à la limite de l’océan austral, vers 40°S. Ensuite la température de l’eau et de l’air sont rapidement montées et c’est dans les eaux tropicales de l’océan indien que nous avons réalisée notre photo de mission avec laquelle nous saluons celles et ceux qui ont suivi ce petit journal de bord.

14 novembre 2011

Histoire de rosette

Pendant la mission une grande partie des prélèvements d’eau est réalisée à l’aide de rosettes. Nous en avons deux à bord.

La plus grande est équipée de 22 bouteilles de prélèvement de 12 litres ainsi que d’une dizaine de capteurs différents permettant de connaitre les propriétés de l’eau de mer, telles que sa température, sa salinité, sa concentration en oxygène en temps réel. Lorsque l’ensemble plein d’eau revient sur le pont son poids atteint 500 kg. A l’heure actuelle nous l’avons déployé 80 fois jusqu’à des profondeurs de 2900 mètres. Nous disposons aussi d’une autre rosette plus petite équipée de 12 bouteilles. Cette rosette, dite « propre », est dédiée aux prélèvements des métaux et en particulier du fer. Sa mise à l’eau se fait sur un câble kevlar et elle reste protégée par une bâche en plastique jusqu’à l’ultime moment.

L’eau que nos deux « rosettes » nous ramènent est utilisée pour diverses expériences et analyses. Quelques scientifiques cherchent par exemple à mesurer la photosynthèse et l’utilisation des éléments nutritifs (azote , silicium, fer) par les microalgues et les bactéries. Les échantillons d’eau de mer contenant les microorganismes sont placés dans des “incubateurs solaires”. Ces boites de plexiglas sont recouvertes de filtres permettant de simuler l’atténuation de la lumière lorsqu’on s’enfonce en profondeur. Les incubateurs sont alimentés en eau de mer de surface pour les maintenir à la bonne température.

Au bout de 8 ou 24 h, les échantillons ainsi incubés seront récupérés et traités, et le matériel à nouveau préparé pour la prochaine station à juste quelques heures de navigation.

Les premiers résultats obtenus sont affichés sur les murs de la salle appelée « PC scientifique » ou ils sont discutés. Ils servent aussi à élaborer la stratégie future.

03 novembre 2011

Les acteurs de la pompe biologique (1).

Nous venons de franchir le cap de la mi campagne. Les échantillons collectés et les mesures réalisées sont déjà extrêmement nombreux. Un des objectifs de la campagne est de mieux comprendre comment fonctionne la pompe biologique de CO2 dans l’océan austral. Ce mécanisme complexe qui transfère le carbone de l’atmosphère vers les profondeurs de l’océan comprend de multiples acteurs. Pour les étudier il faut tout d’abord les collecter, par exemple à l’aide de filets.

Les échantillons sont ensuite immédiatement observés à bord à l’aide de microscopes, révélant ainsi la fantastique beauté et diversité des microorganismes.

Les diatomées constituent l’essentiel du phytoplancton*récolté dans les eaux de surface autour de Kerguelen.
Ces microalgues possèdent une coquille de silice dont l’architecture est aussi variée que spectaculaire.

L’utilisation d’un marqueur fluorescent permet aussi de visualiser les parties où la cellule est en train de construire sa carapace de silice.

Les tâches rouges correspondent à la chlorophylle, molécule centrale dans le processus de photosynthèse.

*microorganismes réalisant la photosynthèse dans l’océan.

28 octobre 2011

50 flotteurs pour mieux connaître les courants autour de Kerguelen.

Depuis notre arrivée au voisinage de Kerguelen, une trentaine d’engins dérivant ont été lâchés dans l’océan.

Ils sont composés d’une bouée de surface contenant un système de positionnement par satellite et d’une « chaussette », grand cylindre de toile qui se déploie sous la bouée (en gris sur la photo1).

Celle-ci permet à la bouée de dériver principalement sous l’influence des courants et non du vent. Ces engins sont lancés depuis le bateau.

Chaque scientifique a « adopté » une bouée et lui a donné un surnom. Il est chargé de la mettre à l’eau selon un plan bien précis. Une fois dans l’eau, le carton biodégradable se détruit et la chaussette se déploie. Ces petites bouées intriguent les pétrels qui viennent nombreux voir si elles ne seraient pas comestibles.

Les positions des bouées sont reçues par courriel plusieurs fois par jour. La carte de leurs positions et de leur dérive peut ainsi être tracée.

Selon l’endroit où elles ont été déployées leur comportement peut être très différent (encarts A et B). C’est grâce à leurs trajectoires que la position de certaines stations de prélèvement de la campagne va pouvoir être placées de manière judicieuse.

Le déploiement des flotteurs va se poursuivre dans les jours qui viennent ce qui permettra d’avoir 50 flotteurs en dérive.

24 octobre 2011

Double frustrations.

Apres avoir quitté Crozet nous nous sommes dirigés vers la station nommée RK2, ou règnent des conditions physiques, chimiques et biologiques typiques de l’océan austral. Deux types d’instruments ont été déployés sur des lignes qui dérivent au fil de l’eau. L’un mesure la consommation d’oxygène par les microorganismes, l’autre collecte les particules qui chutent sous la couche de surface. Ces deux lignes sont équipées de balises GPS et d’ émetteurs irridium qui transmettent régulièrement leurs positions sur le Marion. Elles seront récupérées dans environ une semaine quand nous seront de retour sur cette station.

Après la station RK2, une dizaine d’heure de navigation plein est, nous ont permis d’atteindre la station A3. Cette station a été étudiée très en détail lors du projet KEOPS1 en Janvier Février 2005. Elle est caractérisée par des apports en fer important qui stimulent l’activité biologique. Lorsque nous sommes arrivés sur le site, le vent avait beaucoup forci 35 nœuds en moyenne avec des rafales à 50 nœuds. Après plus d’une heure d’observation de l’état de la mer qui présentaient des creux de 4-5 mètres, du comportement du bateau, il est apparu que la mise à l’eau des appareils était trop risquée. Nous avons donc fait route vers Kerguelen pour y débarquer les 11 derniers passagers qui sont avec nous. La vision des sommets enneigés de Kerguelen est fascinante et les paysages minéraux rappelle sans équivoque son surnom : l’ile de la désolation.

Le Marion mouille vers 9h dans le Golfe du Morbihan à quelques encablures de la base : port aux Français. Malheureusement le chef du district de Kerguelen, n’autorise pas les scientifiques à descendre à terre, leur visite n’étant attendue que pour le lendemain. C’est donc avec une énorme frustration que nous reprenons la mer après seulement trois heures d’escale. En route à nouveau vers la station A3 en espérant que les conditions météorologiques y soient meilleures que la veille.

19 octobre 2011

Courte escale à l’ile de la possession.

Dans la matinée du dimanche 15 Octobre, le Marion approche de l’archipel de Crozet. Les contours de l’île de la Possession, où se situe la base, jouent à cache-cache avec les bancs de brumes. Mais c’est finalement sous un soleil éclatant et une mer plate que nous longeons la côte est de l’ile.

Le Marion mouille à quelques encablures de la côte, dans la baie du Marin. Cette escale est dédiée aux débarquements de quelques hivernants.

Nous devons rester à bord (photo 3) et observer aux jumelles, avec une certaine frustration, les centaines de manchots rassemblés sur la plage.

Vers 17h le Marion lève l’ancre. Après le franchissement du canal des Orques nous longeons les impressionnantes falaises de l’île de l’Est, puis cap vers les 50ème.

Le plateau de Kerguelen, où nous devons commencer nos observations, est encore à deux jours de mer.

13 octobre 2011

Bienvenue dans les 40ème rugissant.

Nous poursuivons notre descente vers le sud en direction de Crozet. Depuis le départ la température de l’air et de l’eau n’ont cessé de décroitre. Actuellement elles se situent toutes les deux autour de 13°C. Nous avons franchi la latitude de 40°S, porte des quarantièmes rugissant le 13 octobre à 18 h 44. L’approche des hautes latitudes avaient été annoncé depuis plusieurs heures par la présence du roi du ciel de ces régions : l’albatros

Personne ne se lasse d’observer ces oiseaux planer à quelques centimètres des vaques sans fin et sans un battement d’ailes.

Si les deux jours précédents avaient été relativement calmes, permettant ainsi de finaliser l’installation des laboratoires, l’entrée dans les quarantièmes a été fidèle à leur réputation. 35 nœuds de vents de face ainsi qu’une forte houle venu du sud ouest ont conduit le commandant à réduire la vitesse du bateau pour éviter les chocs trop violents dans les vaques. La nuit dans les bannettes à été particulièrement inconfortable et de nombreux placard mal fermé ont répandu leur contenu dans les cabines.

Nous espérons malgré tout atteindre Crozet dans la journée de samedi.

10 octobre 2011

Chargement et départ.

Le Marion est arrivé à l’île de la Réunion dans la matinée du 6 octobre au moment même ou les scientifiques débarquaient de leur avion.

Quelques heures plus tard, après avoir enfilé les chaussures de sécurité et s’être coiffé d’un magnifique casque jaune canari, tout le monde est à pied d’œuvre pour ouvrir les caisses et commencer le chargement.

Tous les moyens sont bons pour acheminer le plus rapidement le matériel à bord : par les grues, par la passerelle.

Il faut aussi faire l’approvisionnement pour les 50 jours de mer à venir. Produit frais, légumes, boissons, pain et autres nourritures rejoignent les chambres froides et les congélateurs dédiés à la cambuse.
Une fois le matériel à bord, le travail n’est pas terminé. En effet il s’entasse dans les laboratoires sous la forme d’un immense chaos. Il faut donc ordonner l’ensemble et sécuriser chaque appareil avant de pouvoir larguer les amarres.
Lorsque tout est en ordre nous somme déjà le 9 octobre. Les amarres sont larguées à 12 : 00. Cap sur le sud en route vers Crozet.

Une fois sortie du port, deux premières surprises nous attendent.
La bonne, deux magnifiques baleines effectuent quelques sauts hors de l’eau près du Marion. Un spectacle à faire oublier toute fatigue.

La moins bonne, il souffle un alizé de 25 nœuds accompagné d’une belle houle. Certains estomacs apprécient modérément ces conditions pour digérer carpaccio de bœuf, magret de canard au poivre vert et fraises chantilly qui composaient le repas du midi.

22 septembre 2011

Une cinquantaine de scientifiques se préparent à embarquer sur le navire océanographique Marion Dufresne ; destination les 50 ème hurlant. Leur objectif : Comprendre pourquoi la pompe océanique de CO2 dans l’océan Austral ne tourne pas à plein régime. Pour répondre à cette question ils vont pendant deux mois explorer en détail les mécanismes complexes qui transportent le carbone de l’atmosphère vers le fond des océans.

Alors que les scientifiques bouclent leurs valises, leurs équipements sont déjà en route depuis plusieurs mois vers l’île de la Réunion, port d’embarquement pour le grand sud. Dès le mois de Juin, l’ensemble du matériel à été mis en caisse dans les différents laboratoires pour cette expédition. Au total plus de 30 tonnes de matériel venus de France, mais aussi de Belgique, d’Angleterre, des USA, de Corée seront embarquées le 6 octobre sur le Marion.

Préparation et chargement des caisses à Banyuls sur Mer
(LOMIC laboratoire d’Océanographie microbienne)

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