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TERRADÉLIRE N°8

La gazette de la TA61

Caillou n°8

9 août 2011

Pour nous contacter, gazette@ddu.ipev.fr

EDITO

Nous voici en plein milieu des grandes vacances d’été. Les grandes vacances, deux mots qui veulent dire soleil, plage, promenade, être oisif, profiter, découvrir,... et j’en passe. Des souvenirs d’enfants, impatients de finir l’école afin d’aller courir dans le jardin. Des souvenirs d’adolescents qui profitent des grandes vacances pour découvrir les joies des rencontres et pour faire leur premier petit boulot. Des souvenirs d’adultes, heureux de pouvoir se reposer après des semaines de travail. A chacun, ses grandes vacances.

En Terre Adélie, les grandes vacances n’existent pas. Les mois de Juillet et Août sont des mois gris et froid, et signifient le début des tempêtes de printemps. Rien de très réjouissant au programme. La plage écrevisse ne sera pas pour nous. Et puis un hivernant, à DDU, se doit de travailler. Mais qui n’a jamais rêvé ? Bien que nous soyons à l’autre bout de la planète, nous aussi nous avons des rêves de vacances, au soleil, en Antarctique,...etc. Nous ne pouvons pas les réaliser, pas encore. Pour l’instant ils se forment pendant nos périodes de sommeil. Le matin au réveil, nous pourrions presque les raconter. Nous avons alors décidé de vous donner un aperçu des vacances idéales de l’hivernant. A quoi rêve un hivernant après cinq mois d’hivernage ?

Bonnes Vacances à tous !

Camille

LES VACANCES DE CLEMENT

Mes vacances en Argentine.

L'autre jour, la veille de mon départ en vacances en Argentine, je me balade sur la banquise, le cœur ouvert à l'inconnu quand soudain, grisés par la beauté du paysage, ne regardant pas où ils se mettent les orteils, mes pieds tombent dans un trou de phoque mal signalé.

Sachant pertinemment que sans mes petits petons je ne peux pas rallier la base entier ni partir en vacances, je mets la main dans les eaux glacées du trou de marsouin afin de tenter de rattraper mes doigts de pieds manquants à l'aide de mes doigts de mains présents.

Veine tentative, pas moyen de remettre la main sur les fugueurs et pire encore: après une apnée de quelques secondes ma main me reviens toute bleue, muette et tremblante de terreur... qu'à donc bien pu filer autant la pétoche à Mimine ma douce mimine ?

Ni une, ni deux… ni trois, ni quatre non plus… je prends mon courage dans la main valide qu'il me reste, mes jambes (où ce qu'il en reste) à mon cou et un peu d'air potable dans les poumons et je saute dans le trou, à moignons joints, sans réfléchir à ce qui pourrait m'y arriver. Plouf... (la vie parfois fait plouf).

Je nage, je nage... enfin disons plutôt que « j'essaie de nager, j'essaie de nager », parce que sans pieds et en tenue polaire c'est pas évident. Et puis au bout d'un moment, mon corps et moi on se met à couler à pic. En levant la tête je vois le trou par lequel je suis entré s'éloigner, rétrécir, devenir peu à peu trou de souris puis trou de chaussette puis trou-ble jusqu'au moment où il disparaît complètement.

Au bout de trente jours à couler comme ca, dans les ténèbres, je finis par toucher le fond... et là, contrairement à ce que nous affirment les psys, au fond on ne rebondit pas, je vous jure... et encore moins quand on a plus ses pieds.

Le fond il est tout dur et il y fait sombre comme dans un placard à chaussures.

Dans l'obscurité je ne vois pas trop sur quoi je moignotte, c'est angoissant... et j'ai beau chercher alentour, aucune trace de mes pieds (à l'air libre j'aurais pu facilement les retrouver à l'odeur mais là sous l'eau impossible...).

Je tâtonne, je tâtonne jusqu'au moment où mes coussinets de doigts se posent sur une sorte de gros truc noir caoutchouteux, genre bouchon de baignoire de Gulliver, sur lequel un vieil écriteau couvert d'algues et crustacés m'enjoint de « ne surtout rien toucher » signé J-C.

Pfffff… Ca craint rien… et pis d'abord il est interdit d'interdire, rien à battre, No Futur, Niklapolice et puis je le connais pas ce Jean-Charles de toute façon!

Alors je touche, je tripote, je tire de toutes mes forces sur le machin pour voir si mes pieds ne se sont pas glissés en dessous...

Soudain, victoire! Le bidule se met en branle, mais aussitôt je me sens aspiré comme feu mon fil dentaire récemment tombé dans le siphon des sanibroyeurs du dortoir (une autre histoire)...

D'ailleurs autour de moi tout est entrainé, un gigantesque vortex est en train de se former, tout est aspiré dans le trou que recouvrait le truc à ne pas toucher.

Ohh la boulette... (Diam's®)

Par chance (et aussi parce que c'est moi le héros de cette histoire) qu'apercevois-je dans le tourbillon de la vie aquatique au milieu des baleines, des manchots, des petites sirènes qui tentent d'échapper à leur funeste destin?... Bon sang de bois mais ce sont... ce sont mes pieds! Oui je vois mes pieds!

Ni une ni deux... ni… (ah non déjà fait mince!), je met le grappin dessus, les refixe illico presto au bout de mes chevilles et hop je nage hors de la tornade sous marine jusqu'à atteindre une roche sur laquelle je m'agrippe telle une grosse moule de bouchot jusqu'à ce que ca se calme.

C'est affreux, monstrueux, horrible, toute l'eau s'engouffre dans le trou… je suis en train de… de... de vidanger la mer!

Au bout de trois jours il n'y a plus d'eau dans la mer, ce qui soit dit en passant me permet de reprendre ma respiration car après 33 jours d'apnée continue je commençais à manquer d'air.

Après avoir pris soin de remettre le bouchon en place et d'y faire disparaitre mes empreintes digitales, je parviens à remonter jusqu'à la « surface » en empilant quelques-uns des milliers de cadavres d'animaux qui jonchent les fonds jadis marins et, mes pieds aux pieds, je rejoins enfin la base.

Ouf... mes trente trois jours d'absence sont passés inaperçu sur la base et, je ne sais par quel miracle divin, la banquise tient encore en place malgré qu'il n'y ait plus une goutte d'eau sous elle pour la soutenir.

Avec un peu de chance, si l'odeur des poissons (des snorkis et des petites sirènes) qui pourrissent sous la banquise n'alerte point mes camarades et que je parviens à faire disparaître discrètement Camille la pêcheuse en la poussant dans son trou de pêche par exemple, ma petite boulette passera inaperçue jusqu'au prochain été!

Bon tout ça pour vous dire qu'à cause de mes pieds j'ai pas pu partir en vacances donc je n'ai rien à vous raconter.

Gros bisous

Clément

LES VACANCES DE FRAMBOISE

La cabane

En ce mois de juillet, tous les hivernants partent en vacances à droite à gauche, ou plutôt au nord, là où se cache le soleil et où les jours sont longs. Mais moi je suis venue là pour voir les Empereurs, et ça me ferait mal au cœur de partir en vacances juste au moment où les poussins éclosent et retrouvent leurs mamans. J’ai donc décidé de passer mes vacances chez nos voisins, à la manchotière.

On y trouve une chambre d’amis : sur l’île Rostand, se cache bien abritée dans les rochers une petite cabane blanche en bois. On l’appelle la cabane Prévôt, du nom du premier hivernant ornithologue pour qui elle avait été construite il y a presque 60 ans.

Pour mon premier jour de vacances, je descends comme tous les jours à la manchotière, mais aujourd’hui j’ai un gros sac sur le dos. J’y ai mis un énorme sac de couchage, des peluches qui veulent aussi partir en voyage, quelques bricoles à grignoter, un thermos de thé et trois livres.

Mauvaise surprise en arrivant à la cabane, après avoir salué les voisins : elle est englacée car la porte ne ferme pas très bien. Je vais chercher quelques outils au shelter du mât Iono situé à quelques centaines de mètres puis passe ma matinée à déglacer. L’effort en vaut la peine : l’intérieur est très confortable et il y fait bon malgré les -20°C dehors. Il manque cependant quelques petites choses auxquelles les manchots n’ont pas pensé car ils n’ont pas les mêmes habitudes que nous : pas de lit (les manchots dorment debout ou allongés dans la neige fraiche), ni de réserves de nourriture (les manchots jeûnent lorsqu’ils sont à la colonie).

Je repars donc vers la base après avoir déposé les outils au mât Iono. Je ne croise pas grand monde, la plupart des autres sont partis à la gare du Lion pour prendre le train de 12h07. Je vois Bruno qui monte sa tente devant le labo 3 aidé de ses doudous. Quelle drôle d’idée de camper devant son labo… Au séjour, j’emprunte le hamac du salon. Il sera parfait dans ma cabane. Et puis les hivernants encore présents (la table des vieux) ne remarqueront pas son absence, ils ne s’installent jamais dedans. Je vois aussi que Clément a préparé des pique-niques pour nos voyages : sandwiches et cakes aux fruits confits. Il en reste beaucoup, ceux partis en train ou en avion ayant oublié de les prendre. Au lieu de les laisser se perdre, j’en fourre un bon nombre dans mon sac, rajoute quelques pommes et quelques rations de survie périmées et me voilà avec assez de réserves pour 15 jours. Un saut dans ma chambre pour récupérer mes charentaises et quelques-unes des dizaines de cartes accrochées au mur. Je pourrai ainsi décorer la cabane. Me voilà donc fin prête. Je redescends chez nos voisins et finis mon installation. Cette petite cabane blanche est merveilleuse !

Ma première journée de vacances est déjà bien avancée. Je profite du jour qu’il reste pour faire un tour de la colonie et chercher les manchots marqués pour savoir ce qu’ils deviennent. Puis je pique-nique sur ma terrasse, le cake de Clément me rappelle celui de ma Maman !

Les journées suivantes se ressemblent. Je commence par prendre mon petit-déjeuner sur la terrasse. Quelques manchots curieux viennent me tenir compagnie et m’informent des dernières nouvelles. L’un d’entre eux est là tous les matins, c’est Charleston, un ami d’enfance de Groseille, qui elle est encore en mer. Ensuite je fais mon tour de colonie du matin. Je les observe, parfois je rigole bien. Dès que j’ai trop froid, je rentre bouquiner sur ma terrasse et grignoter des sucreries. J’ai essayé d’apprendre à Charleston à jouer aux dominos mais il a trouvé que c’était un peu dur. Mes amis me regardent curieusement lorsque je mange : je suis bien grande pour être encore un poussin, pourquoi est-ce que je mange sur la banquise et non en pleine mer? Ils ne sont pas habitués à nos coutumes, et peut-être un peu inquiets de ce petit côté pétrel géant…

L’après-midi, c’est pareil. J’observe les manchots et je fais un second tour de colonie. Ensuite je vais me balader sur les îles voisines avant de rejoindre ma cabane et sa terrasse confortables, d’où je peux continuer à observer les manchots. Un jour, j’ai vu Bruno venir planter sa tente non loin de là. Il n’est même pas venu me dire bonjour… juste un signe de la main. Les ours, même en vacances ils ne sont pas très bavards.

Durant ces 15 jours passés au plus près des manchots, j’ai observé tout ce qui se passe durant cette période et c’était sacrément chouette. Voici un petit résumé de toutes les choses officielles et non officielles ce que j’ai pu voir.

En juillet, les poussins naissent. Seuls les tout premiers étaient nés lors de la rédaction du numéro précédent. J’ai pu voir des œufs avec une toute petite ouverture laissant apparaitre le bout d’un petit bec, puis des œufs un peu plus ouverts laissant apparaitre une petite tête noire et blanche, puis des parents aidant en enlevant délicatement des morceaux de coquille avec leur bec. Jour après jour, les chants flûtés des poussins étaient de plus en plus nombreux.

Un œuf en train d’éclore

En juillet, les femelles rentrent de leur voyage en mer. J’ai pu les voir rentrer, petit à petit, par petits groupes, bien propres et grasses, et semer la pagaille au sein des mâles entendant leurs chants. J’ai pu les voir chanter et parcourir la colonie jusqu’à retrouver leurs mâles reconnus grâce à leurs chants.

Un petit groupe de femelles rentrant de mer

Après les retrouvailles vient le moment de l’échange du poussin ou de l’œuf. La femelle glisse son bec dans la poche du mâle, le pousse doucement jusqu’à ce qu’il pose le poussin sur le sol. Là, le mâle recule et la femelle avance jusqu’à avoir le poussin entre les pattes. Elle le remet sur ses pattes et referme la poche. Les deux parents chantent à nouveau. Le père s’étire et se dégourdit les pattes en faisant quelques pas autour de sa dame, puis chante une dernière fois avant de partir pour de bon.

Une passation en cours

Les voisins de nos voisins sont rentrés de leurs vacances au nord. Ce sont les pétrels géants habitant en haut de l’île Rostand. Je les croise parfois, seuls ou par 2, survolant la manchotière ou essayant de grappiller quelque chose à manger sur les cadavres des femelles mortes lors de la ponte.

Un pétrel géant survolant la manchotière (photo de Bruno)

Vers la fin de mes vacances, une chose digne d’un événement philatélique s’est produite sur la manchotière : le soleil est revenu ! Les manchots ont un peu aidé en se déplaçant vers une zone où les rayons du soleil reviennent plus tôt.

Un petit poussin qui voit le soleil pour la première fois

Je dois maintenant aborder la partie officieuse de l’histoire, deux choses que je ne suis pas censée avoir vues…

La première, que tout adélien a remarqué, c’est que beaucoup de couples chantent avec deux poussins, deux œufs, ou un poussin et un œuf. Pourtant, un couple ne pond qu’un œuf. Ils aiment bien faire des câlins aux voisins pendant que leurs moitiés sont en mer…

Un faux couple chantant en duo

La deuxième m’a beaucoup surprise : j’ai vu un mâle pondre ! Bon, en fait, ce mâle essayait de passer son œuf à sa femelle tout juste rentrée, mais celui-ci était fermement collé (pour je ne sais quelle raison) à sa poche, et ce pauvre manchot ne savait pas du tout comment s’en sortir. C’était bien drôle… Je n’ai pas la fin de l’histoire car il m’a fallu rentrer avant de congeler sur place.

Un mâle en train de pondre…

Après ces 15 jours, je suis retournée vivre chez nous, de peur de me faire gronder par maman pour avoir oublié un service base. Mes amis manchots étaient un peu déçus de me voir partir, mais heureusement ils savent que je viendrai leur rendre visite au moins une fois par jour. Certains vous diront que c’est étrange de partir en vacances sur son lieu de travail, mais lorsqu’on fait le métier de ses rêves le temps d’une année seulement, pourquoi partir en vacances ?

LES VACANCES DE CAMILLE

Le tambour de la lessive,

Il est un moment particulier en Terre Adélie. Le moment de la lessive. En été comme en hiver, nous devons préparer notre sac, notre baluchon. Nous le remplissons, le tassons, mettons tous ce qui se doit de passer par la case nettoyage. Nous devons ensuite traverser la passerelle qui relie le 42, dortoir hiver, et le séjour. Nous pouvons alors observer des convois de sacs le dimanche, des sacs tous seuls les autres jours de la semaine. Lorsque nous croisons les gens, à chaque fois, une blague se répète. «Tu pars en vacances ?». Un commentaire bien connu pour les gens qui aiment à se promener avec des gros sacs sur le dos. Alors une à deux fois par mois, je pars en vacances. Je ne m’en vais pas bien loin, mais j’ai l’impression de pouvoir faire peau neuve. Je sais qu’une fois la lessive terminée, j’aurais des affaires toutes propres qui sentent bon. J’aurais l’impression qu’elles sont neuves. Ceci n’est pas un détail, il est le point qui m’assurera que je suis réellement partie le temps d’une lessive : 25 min.

J’ouvre la porte de la machine à laver. Je mets tout mon linge à l’intérieur. Je le tasse. Je mets la lessive et j’appuie sur le bouton Marche. A ce moment même, j’entends le doux murmure de l’eau qui coule et qui remplie la machine. Le tambour commence à tourner. Il commence à m’emmener avec lui. Mes yeux tournent et retournent. Mon regard est attiré par l’oeil de la machine. Ma conscience s’évade... je suis quelque part entre la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie. J’ai les pieds dans l’eau. Je crois que je marche sur l’eau. Elle est transparente. Je barbote, l’eau est tellement chaude... Un poisson me frôle. Il vient jouer avec moi. Je plonge sous l’eau. Un monde bleuté m’entoure. Un banc de poissons me suit. Je joue au prédateur. Le banc réagit, m’entoure, se sépare. Il m’est impossible d’attraper un poisson et pourtant, j’ai faim alors j’y mets toute ma bonne volonté. Comment ils font les requins pour attraper un poisson ? Comment elles font les mouettes ?

Le tambour change de sens et me voici au coeur d’un cyclone. Je suis au centre de l’oeil. Je vois défiler des pays que je n’ai encore jamais découverts. Je passe au dessus de Madagascar, la Réunion. L’Asie ? L’Amérique ? Tout va trop vite. J’ai quelques difficultés à déterminer ma position géographique. J’aimerai pouvoir m’arrêter et prendre le temps de souffler. Les vacances, c’est quand même fait pour se reposer.

Ouf, le tambour s’arrête de tourner. Le niveau d’eau descend. Je repose les pieds sur terre. En haut d’une montagne, des herbes folles me chatouillent les jambes. Je n’en demande pas moins pour sauter à pieds joints. Une abeille bourdonne. Les nuages me survolent et une averse me trempe. Mais je cours. Je cours à en perdre haleine. Je respire l’air frais. Je cours tellement vite que je roule tout le long de la pente. Une fois en bas, j’ai tourné tellement vite que de l’averse il ne reste plus de trace. Je me sens revivre.

Le tambour s’arrête et s’ouvre. Je suis de retour au pays du blanc, la Terre Adélie. Je garde en ma mémoire tout ce défilé de couleurs, du vert, du bleu, de senteurs, ... le doux parfum de l’été.

LES VACANCES DU PTIOT

Camping à DDU : visite de l’archipel de Pointe Géologie

C’est les grandes vacances, enfin… une pause, une coupure dans l’hivernage, un moment d’évasion pour souffler un peu, lever le pied, se changer la tête de la routine du boulot, des petites habitudes des 26 autres que l’on ma collés un an ici et que je dois supporter au quotidien, je n’en peux plus, ils sont horribles, affreux, vilains, capricieux, bruyants, méchants avec moi. Il y en a même qui sentent pas bon. Mais je ne suis pas forcément bien placé pour parler de ça. Enfin des grandes vacances, donc, pour fuir tout ce joli petit monde et me requinquer, reprendre des forces pour attaquer sereinement la seconde partie de cet hiver qui passe trop vite.

Bon, des vacances, c’est bien, mais où aller ?

C’est sûr, avec cette nuit et ce froid omniprésents, il est assez tentant d’aller étaler son bout de gras sur une plage de sable chaud, à glandouiller bercé par le bruit des vagues. Ça changerait un peu des coups de boutoirs du vent catabatique et de son tapage nocturne. Ça ne ferait sans doute pas de mal à mes doigts de pieds de prendre un peu l’air ; à force de macérer dans mes bottes canadiennes, ils ne ressemblent plus à grand-chose… (Ça fait combien de temps, déjà, qu’ils n’ont pas vu le jour ?). Et par décence, je ne parlerai pas du reste du corps qui macère, lui, sous d’innombrables couches qui s’empilent entre des sous-vêtements moulants et une combinaison bouffante (pour dire : nus sur la banquise, on nous confond avec elle, tellement notre peau est devenue blanche ; certains ont d’ailleurs voulu profiter de ce camouflage naturel pour se promener dans des zones interdites ; on ne les a jamais revus.) Mais bon ; le chassé-croisé de fin juillet sur les routes du sud, les bouchons, l’idée d’aller m’agglutiner entre deux autres serviettes de bain dans une vague odeur de crème solaire à la noix de coco, je ne suis pas sûr que ce soit ce dont j’ai envie.

Alors, le calme de la montagne ? Bof ; trop fatiguant la montagne… trop dangereux, aussi. Ou bien, dernier recours, je regarde les annonces de dernière minute à prix cassés sur Internet et je pars au hasard de l’une de ces destinations ? Hum… on n’a pas l’Internet ici.

Et finalement… Les jours que l’on m’accorde sur ce caillou, ils sont comptés ; si j’ai voulu venir ici, ce n’est quand même pas pour m’en aller ailleurs, dans un quelque part où je pourrai aller plus tard, quand l’hiver d’ici ne sera à jamais plus qu’un souvenir, inaccessible. Alors c’est décidé. Mes grandes vacances, cette année, ce sera camping. Camping dans l’Archipel de Pointe Géologie ; camping en Terre Adélie.

L’archipel de Pointe Géologie, itinéraire de vacances…

Vendredi

Le fameux jour, je prépare mon sac, éteint mes analyseurs, les pompes qui aspirent l’air que l’on respire, passe voir Maman pour lui dire de ne pas s’inquiéter, que je serai prudent, fais la bise au Chiours puis je referme la porte du labo derrière moi. Pour cette première nuit, pas de folie, je plante la tente à deux pas du labo. Vacancier, mais pas aventurier, tout de même… d’ailleurs, vu que le réfectoire est juste à coté, ce serait dommage de ne pas aller profiter du bon ptit repas bien chaud de Yannick et… de ce qui le termine. Surtout que ce soir, Clément nous a fait des… non, je ne vous dis pas, je ne veux pas vous faire du mal. Après un verre de café, un (trois) bout(s) du nougat tout frais qui traîne là, on ne sait pourquoi, sur le bar, je tarde un peu à quitter ce confort facile. D’ailleurs, je vais rester regarder le film, il paraît qu’il est pas mal ; et puis c’est les vacances…

Vers 23h, je me décide à rejoindre ma tente, mon sac de couchage, la Gigi douce, le Yack et le Lapin qui m’y attendent, frigorifiés. Zut, j’ai oublié le matelas de sol… je pourrais aller le chercher, il est juste à coté ; mais non, ce ne serait pas du jeu. Je me couche, donc.

Premier campement, devant la maison…

Dès 2h du matin, j’ai regagné le dortoir, transi, pour me mettre bien au chaud dans mon lit, sous la couette ; le camping, ça commencera demain.

Samedi

Début de vacances par un bon petit déjeuner au séjour, en compagnie des autres vieux qui ne sont pas encore partis en congés. Je fais bien car ce matin, Clément s’est encore lâché : ficelles, brioches sorties du four, chouquettes dans un petit panier. A faire passer l’envie de partir en vacances. A cette heure matinale, les vieux sont déjà en forme et les conversations vont bon train : retraite, impôts, insomnies, rhumatismes… non, en vrai, ça c’est plutôt le midi. Le matin, c’est plus joyeux, Philippe n’est pas encore à 100% et du coup on peut se défouler sur lui. Les plus jeunes arrivent progressivement (ou pas), et restent en général le nez dans leur café ou leur chocolat. Tiens ! Maman est levée ! (Ah ben oui, elle devait savoir pour les chouquettes…).

8h, il faut libérer la place pour les personnes de service base aujourd’hui. Je regagne donc mon premier camp, le démonte et rentre au labo pour refaire mon sac et y ajouter tout ce que j’ai oublié, ainsi qu’un second sac de couchage… Objectif du jour : l’île Bélier, à 300 m de la base. Un coup de téléphone au ptit gars de la météo : à priori, beau temps, une bande de nuages au nord mais qui devrait nous laisser tranquilles, coté vent pas grand chose mais une réserve sur le continent qui laisse possibles quelques rafales assez fortes : une journée adélienne… Je traîne un peu et quitte enfin l’île peu avant 11h, atteignant mon objectif dix minutes plus tard. Un petit peu de terrassement pour aplanir une zone neigeuse, puis le camp est monté, le couchage installé. Je prends possession de mon nid et passe l’heure suivante à faire fondre de la neige sur mon petit réchaud pour préparer soupe, purée, et un peu de thé.

J’occupe les quelques heures de jour qu’il me reste à visiter l’île du Taureau, à moins d’un kilomètre de là, dans le but d’y repérer un emplacement pour ma tente : ce sera mon prochain campement. Il est à peine 16h quand je regagne l’île du Bélier, la nuit est là. Un peu de thé chaud puis je me glisse dans mes deux sacs de couchage pour entamer la lecture d’un des romans que j’ai emmenés. Au bout d’une heure, je somnole, m’endors… j’ai envie d’une douche bien chaude. Je m’extirpe de mon cocon et remonte sur la Base. Ce soir, c’est tartiflette ; ce serait dommage de rater ça !

22h ; il fait nuit noire, j’ai la tête qui tourne un peu… pas trop envie de retraverser la banquise pour aller chercher mon nid. Avant le repas, on m’a fait boire une sorte de jus de fruits avec des morceaux et un drôle de gout, qui chauffe en dedans après. Je crois que c’est plus prudent que je regagne mon lit au dortoir…

Dimanche

Réveil difficile… Je reste déjeuner sur la base. Beaucoup des autres hivernants partent aujourd’hui, par les vols de l’après-midi ou le train de nuit. On se revoit dans deux semaines… Normalement.

Je rejoins mon campement en début d’après-midi, le démonte en prenant soin de ne pas mettre de la neige partout puis charge mon sac à dos. Avec tout ce que j’ai ramené de la base à chacun de mes aller-retours pour gagner un peu en confort, celui-ci est désormais énorme et pèse sans doute pas loin de 800 kg. Au moins. J’ai beaucoup de mal à le hisser sur mes épaules, puis je descends lentement les quelques mètres glissants qui me séparent de la Banquise. Je salue cette petite île du Bélier où je n’aurai finalement pas dormi. Direction l’île voisine du Taureau. Avec le sac trop lourd pour ma carrure, je dois faire des pauses et je mets plus une demi-heure pour atteindre ce caillou qu’un manchot Empereur normal aurait rejoint en un ptit quart d’heure… Pas grave, je finis par arriver et pose mon fardeau à l’endroit repéré hier. Le camp monté, je sillonne l’île dans tous les sens afin d’en connaître chaque recoin… Les tempêtes du mois de mars, quand la banquise était encore liquide, on recouvert la plupart de nos îles de sculptures d’embruns glissantes et salées. Ces reliefs encore bien présents forment par endroits des labyrinthes dans lesquels on se perd. Je passe deux bonnes heures à en trouver la sortie et il fait déjà bien nuit quand je frappe à la porte de la tente. C’est le Lapin qui vient m’ouvrir. La suite, c’est faire fondre de la neige pour faire de l’eau, faire cuire de l’eau pour faire de la soupe, purée, thé… Puis tout le monde dans le sac de couchage, je lis une histoire, et dodo. Il est déjà quasiment 20h…

Lundi

Grasse matinée ; je crois que ça va devenir une habitude, j’ai dû accumuler du retard de sommeil au cours des 6 derniers mois. Neige fondue, eau cuite, thé, biscuits… il fait déjà bien jour quand je m’extirpe de la tente vers 10h30. Programme du jour : visite des îles voisines du Damier et de La Selle. Elles sont assez escarpées malgré leur petite taille, et les sculptures d’embruns ne facilitent en rien l’accès. Mais du haut de leur dizaine de mètres d’altitude, la vue sur la banquise est… plus haute que quand on regarde d’en bas…

Je profite de l’après-midi pour faire un aller-retour sur la base, emprunter la pulka des biolos. Cette grosse luge conçue pour trainer du matériel sera plus pratique pour déplacer mon camp que mon gros sac à dos. Et j’aurai plus l’air d’un vrai aventurier polaire. Comme elles ne sont pas là, ça ne devrait pas leur manquer. Un petit tour par les frigos de la cuisine pour faire le plein de bonnes choses et je retourne à mon nid. Le vent qui s’est levé n’est pas très agréable et je ne m’éternise pas dehors.

Mardi

Aujourd’hui, je déménage, direction l’île du Gouverneur, à un peu plus de 2 kilomètres. Cette île est la plus grande de l’archipel, après l’île des Pétrels qui héberge (subit ?) notre base. Elle est vaste et caractérisée par une grande plaine centrale qui, paraît-il, accueillait à l’époque un troupeau de vaches en été. J’en visite tous les recoins, mais ne m’attarde pas dehors. Le vent qui n’arrête pas depuis hier est pénible, glacé, et je passe le reste de la journée à bouquiner.

Mercredi

L’objectif de la journée sera d’aller découvrir les îles les plus éloignées de notre archipel : Fram, Ifo, Hélène. Il me faut un peu plus d’une heure pour rejoindre Fram, groupement d’îles à 5 kilomètres de mon nid. L’île principale est assez élevée (15 m ?), on y voit des traces d’habitation de manchots Adélie en été : il y a de la crotte presque partout. Des restes de poussins sur un replat : tiens, un couple de Skuas doit habiter là… Et ces traces blanchâtres, dans les failles du rocher, en face ? Sans doute des nids de Pétrels de Neiges, ou Damiers du Cap… il faudra revenir au printemps voir tout cela, si la banquise nous le permet encore…

Je renonce à poursuivre jusque Ifo et Hélène, à 4 kilomètres plus à l’ouest. Le vent que j’avais dans le dos à l’aller risque d’être nettement moins drôle au retour (et j’ai hâte de finir le bouquin commencé avant-hier)

Jeudi

Nouvelle migration aujourd’hui, mais je traîne un peu à lever le camp. Le vent a faibli dans la nuit et je voudrais profiter des quelques rayons de Soleil pour aérer et faire sécher la tente : ça condense beaucoup à l’intérieur, et au matin, si je bouge trop, il y a plein de givre qui me tombe dessus !

J’arrive à la Manchotière en début d’après-midi. Il me semblait dommage de venir aussi loin au bout du monde et de ne pas passer une nuit avec les gens du cru. Je m’installe un peu à l’écart pour ne pas trop déranger les autochtones. De toute façon, le site est protégé et je n’ai pas le droit de m’approcher des manchots si je ne suis pas accompagné d’une ornitho. Va savoir où elles sont parties en vacances… Il faut bien avouer aussi que je n’ai pas trop envie de salir ma tente avec les choses verdâtres que les manchots relâchent partout. De loin, ça ressemble à du gazon, mais en vrai ce n’est pas trop du gazon… Tiens, en parlant d’ornitho… J’aperçois Framboise là-bas, devant la cabane à Prévot, maillot de bain et charentaises, en train de rêvasser en contemplant les manchots. On dirait qu’elle a choisi de passer ses vacances sur son lieu de travail. Drôle d’idée… Visiblement, elle a plutôt bien aménagé la cabane de son ancêtre ornithologue de la première équipe à avoir passé un hiver sur notre caillou, il y a bien longtemps de ça. J’irais bien lui rendre une petite visite (surtout que je suis sûr qu’elle a dû apporter avec elle plein de gâteaux et autres friandises…). Mais bon, ces vacances doivent être une coupure d’avec les autres hivernants, alors je ne vais pas commencer à aller taper la causette à chaque fois que j’en croise un (surtout que je n’ai pas grand-chose à dire : "oh, regarde : un manchot !"). Et puis je ne suis pas certain qu’elle voit d’un bon œil que je vienne lui grasbouler toutes ses réserves… Je lui adresse un petit signe de la main, elle m’en envoie un autre avec la sienne. Cordialité d’hivernants : on est bien obligés, il va falloir qu’on se supporte encore plusieurs mois… Le reste de l’après-midi se passe à trouver de la neige propre pour faire de l’eau et à regarder les manchots. Depuis que les petits sont là, on a l’impression d’entendre de vrais oiseaux sur la colonie ! Peu avant la nuit, arrive la Grosse Gigi qui s’embête un peu sur la base ; on l’accueille dans notre nid et lui trouve un hamac dans le toit de la tente.

Camping à la Manchotière

Vendredi

La nuit ne fut pas des meilleures. Même si l’activité se calme un peu sous les étoiles, les manchots ont chanté tout le temps, un coup les parents, un coup les enfants. En l’absence de vent, ces chants ont amusé mon repas, bercé ma soirée, hanté mon insomnie…

Aujourd’hui, je file vers le Nord en longeant d’abord la langue du Glacier et m’installe sur l’île Curie, presque le début de la pleine mer… je croise plusieurs petite colonnes de femelles manchotes qui se rendent sur la colonie récupérer leur promesse de poussin devenue poussin et libérer les mâles d’un long jeûne de 4 mois…

Samedi

Seconde nuit de mauvais sommeil. Elle n’avait pourtant pas trop mal commencé, la soupe et la purée étaient chaudes, le livre passionnant. Le vent revenu dans la soirée faisait trembler les parois de la tente, mais on avait déjà connu pire. C’est vers 22h que ça s’est gâté, alors que je commençais à songer à m’endormir. En éteignant ma lampe frontale, il m’a semblé qu’une clarté inhabituelle persistait dans la tente. Les yeux se faisant à l’obscurité, cette clarté est devenue plus présente, plus oppressante. Ça ne pouvait pas être la Lune, elle est désormais du matin. D’autant plus que la tente n’avait plus sa chaude couleur jaune, mais arborait un ton verdâtre. Très vite, elle devint franchement verte et des ombres se mirent à danser à l’extérieur. Une Aurore. Et visiblement des plus violentes. Un coup d’œil à l’extérieur dévoila un ciel parcouru de draperies dans toutes les dimensions : une A7D !

Camping sur l’île Curie : Grosse Gigi terrorisée par une Nuit Verte

Au-dessus de ma tête, la Grosse Gigi hurlait de terreur, les yeux exorbités, comme habitée par l’Aurore. Pour l’arracher à l’emprise de la Belle, je l’attrapais et la glissais avec les trois autres dans mon sac de couchage. Dehors, l’Aurore ne s’arrêta de chanter qu’au petit matin.

J’émerge finalement vers midi, la tente battue par les rafales de vent. Pourtant, il a l’air de faire plutôt beau. Je déjeune, m’habille, et pars visiter l’île du Débarquement à quelques kilomètres plus au nord. C’est sur ce caillou que le découvreur de la Terre Adélie, Dumont D’Urville, aurait débarqué de ses deux voiliers, vers 1840… Ce sera aussi, dans quelques mois, sur notre bateau rouge et bleu, le dernier morceau de Terre que l’on croisera avant les côtes de Tasmanie, cinq ou six jours plus tard… De l’île du Débarquement, je reviens en visitant l’île du Dépôt où les anciens des Expéditions Polaires Françaises avaient fait un dépôt de vivre. Il parait qu’on trouve encore des restes de boîtes de conserves, mais le vent que j’ai maintenant de face pour rentrer ne m’incite pas à m’attarder pour les chercher. Je regagne mon nid avant la nuit.

Dimanche

Le vent a tapé toute la nuit et il semble particulièrement fort. Je trouve le courage de sortir pour vérifier les ancrages de la tente et manque de me faire renverser par une rafale. Et pourtant, là où je suis, je suis un peu protégé… Les 100 km/h doivent s’être réveillés. Il fait tout gris, je retourne dans mon sac de couchage. De toute façon, il n’y a rien d’autre à faire.

Lundi

Le vent a diminué pendant la nuit. J’en profite pour déplacer un peu mon campement. Je longe les nombreux Glaçons fabriqués par le Glacier de l’Astrolabe et emprisonnés par la Mer le temps d’un hiver et gagne l’île Pasteur. Le caillou est très escarpé, et même si l’on y trouve quelques petits tas de petits cailloux, signes de la présence d’une petite colonie de Manchots Adélie en été, je ne vois pas où je pourrais planter la tente. Qu’à cela ne tienne, la Banquise juste à côté m’accueille avec un sourire. L’après-midi est consacré à un petit tour parmi les nombreux glaçons. Demain, si le temps le permet, j’irai voir derrière le Glacier…

Mardi

Le vent s’est relevé pendant la nuit. Dehors, il fait gris et un peu de neige est soufflée par le vent. Je reste glander et bouquiner dans la tente. En quelques jours, j’ai déjà avalé plus de bouquins que depuis que je suis là !

Dans l’après-midi, ça semble se calmer un peu. L’endroit "derrière le Glacier" est un lieu totalement méconnu, trop loin de la base. Il semble que personne ne s’y soit réellement aventuré (les quelques récits des rares hivernants qui, au cours des années, prétendent s’y être rendu sont bourrés d’incohérences). L’envie de découvrir cet inconnu me pousse à bouger le camp malgré le temps très maussade. Je traverse la zone des Glaçons de l’Astrolabe, tirant ma pulka, et sors progressivement de la zone cartographiée. La neige commence petit à petit à tomber, je suis obligé de sortir le masque de ski pour continuer à avancer. Au bout de deux heures, il neige carrément, le vent se renforce et la nuit commence à tomber, mais je suis en route et ne veux pas m’arrêter maintenant. Je marche encore plusieurs heures dans le halo de quelques mètres que fait ma lampe frontale devant moi puis finis par m’arrêter, ne sachant plus où je suis mais avec la certitude d’être "derrière le Glacier". Je dresse la tente dans la nuit la plus totale, amarre la pulka et me réfugie dans mon nid. Il est temps, le vent redevient tempétueux.

Mercredi, Jeudi, Vendredi

Trois jours de tempête. Rien à faire, dehors, ça souffle en continu et la neige tombe de manière incessante. Le vent forme des congères et menace d’ensevelir le nid. Il faut régulièrement sortir pour secouer la tente, déblayer. A chaque fois, je rentre la combinaison pleine de neige et c’est assez difficile de ne pas en mettre partout. Les Petits râlent. Le reste des journées est occupé à lire, faire fondre de la neige pour boire, "cuisiner"… Quand j’en ai marre de lire, j’écoute de la musique ou je joue aux cartes avec les Gigi’s, le Lapin et le Yack. Le reste du temps ; ils jouent à cache-cache dans la tente, dans le sac de couchage…

Camping derrière le Glacier, pendant une brève accalmie

Samedi

La tempête s’est enfin calmée dans la nuit. Au matin, tout est étrangement silencieux, à part quelques craquements de banquise. La glace continue de travailler, inexorablement. La tente est lumineuse, la journée a l’air belle. Soudain, j’entends des voix, dehors. J’entrouvre la tente et salue quelques autochtones qui, intrigués, se sont déroutés pour venir inspecter cette étrange tâche jaune au milieu du désert blanc. Ce que je découvre derrière les Empereurs me laisse sans voix, abasourdi : de hautes tours granitiques se dressent, élancées, étincelantes sous leur manteau de neige fraîche. Le contraste par rapport à notre côté du Glacier est saisissant, improbable. Je reste une heure dehors à admirer ce paysage avant de me décider à plier le camp : il faut rentrer…

Derrière le Glacier…

Le retour le long du Glacier est harassant, je dois faire la trace dans toute cette neige fraîche et tirer cette pulka qui s’enfonce… Une nouvelle fois, je finis de nuit, à la lumière de la lampe frontale, mais sous la clarté des étoiles. Cette dernière nuit, je la passerai sur l’île Bernard, juste à côté de la base. Je laisse la pulka en bas et monte m’installer au sommet dans mon sac de couchage et dans la nuit polaire.

Dimanche

Mauvaise nuit, il fait trop froid sous les étoiles. Heureusement, le vent est resté discret. J'attends le Soleil pour émerger. La vue depuis l’île Bernard est une des plus belles de l’archipel. Du haut de ses 45 m, on domine légèrement le Glacier qui coule juste à côté, ses champs de crevasses, failles, falaises de glace. Je reviendrai…

Le retour sur l’île des Pétrel ne prend pas longtemps. Je déballe toutes mes affaires pour les faire sécher, rallume pompes et analyseurs. Demain, les vacances seront finies…

Merci aux compagnons de route !

A tout’
Le ptiot

LES VACANCES DE GUILLAUME

C’est assez je n’en pouvais plus. Cinq mois que j’étais avec les mêmes 26 personnes, j’ai craqué ! Il me fallait des vacances ! Mais où aller ?

La base de Cap Prud’Homme ? Il y a une belle terrasse. Mais c’est trop accessible, ils auraient été capables de me suivre pour me faire engloutir du dessert encore et encore…

La Tasmanie ? Pas assez original, tout le monde y va en revenant d’un hivernage. Et pas sûr que le vent catabatique ait pu me faire voler assez loin…

Le pôle Nord ? Bah c’est loin et ça ne dépayserait pas beaucoup…

Heureusement, j’ai développé un petit appareil qui me permet de voyager dans la lumière. Et justement, comme de par hasard, j’ai un laser sous la main qui est dirigé vers le ciel. Alors j’ai décidé d’attendre que la station spatiale internationale passe juste au dessus de DDU, précisément juste au dessus du shelter LIDAR et d’utiliser mon super gadget top secret pour « atterrir » 350 km plus haut (non je ne révélerai pas comment je peux voyager à la vitesse de la lumière dans un rayon laser…).

J’avais un peu peur de rater le passage de la station. Elle se déplace quand même à plus de 27000 km/h et si je déclenchais le tir laser un poil trop tôt ou trop tard, je risquais de me retrouver sur Neptune ou pire, de me perdre dans les profondeurs sidérales. N’ayant pas de combinaison et scaphandre pressurisés sur la base, j’ai développé mes reflexes grâce à Yeti-sport (jeu dans lequel il faut donner un coup de flamand rose dans un manchot pour l’envoyer le plus loin possible) et j’ai mis ma VTN pour me protéger du froid et des vents de la haute atmosphère.

(Bruit de rayon laser)

Et voilà que j’étais en orbite autour de la planète, débarrassé des 26 tronches d’hivernants (et des 6000 et des poussières canards) que je ne pouvais plus encadrer sans avoir un spasme me tordant de toute part. Seul, enfin seul, avec une vision extraordinaire de la Terre, des continents, des océans, des nuages prenant la forme des courants atmosphériques.

J’aperçois l’Antarctique qui s’éloigne. Après seulement quelques minutes, je suis déjà au dessus de l’Asie. C’est tellement haut que j’ai le vertige.

Mais en fait, je n’étais pas tout à fait seul. J’avais l’intention de passer quelques jours là-haut le temps de faire une bonne cinquantaine de fois le tour de la Terre et de visiter la station, mais les cinq astronautes/cosmonautes vivant là-haut ne l’entendaient pas de cette oreille. Une fois passées les quelques minutes d’incrédulité en me voyant flotter dans leur module-séjour, ils ont décidé de me pourrir mes vacances ! Quel accueil épouvantable !

Voilà qu’ils me courent après (façon de parler, pas facile de courir en apesanteur) dans les différents modules, au milieu d’une foule de fils et de tuyaux en tout genre. J’essaie de ne rien casser pour ne pas les énerver un peu plus. Pirouette sur pirouette, j’esquive leurs assauts et essaie de trouver un plan de la station sur les murs pour trouver mon moyen de transport retour. Par chance, j’entre au hasard dans un laboratoire avec le fameux laser qui va permettre mon retour à DDU. Je ferme la porte pour retarder les cosmo/astro-nautes me criant des mots anglo-russes que je n’ose traduire. Je saute sur l’ordinateur pour programmer l’alignement du laser vers ma destination, mais je m’aperçois que la base n’est pas encore en vue. Je dois attendre deux minutes pour que l’ISS tourne encore un peu autour de la planète. Je baragouine quelques mots en anglais aux astro/cosmo-nautes pour faire diversion « I am a visitor from another world. Don’t worry, I came in peace » (c’est bien connu, tous les extraterrestres parlent anglais). Ca y est, le moment du retour est venu : je me jette dans le faisceau laser en activant mon appareil secret. Sauvé. Finies les vacances en orbite.

Je ne vous conseillerai donc pas de prendre des vacances sur la station spatiale internationale : vous serez très mal reçus, et ils n’hésiteraient pas un instant à vous jeter dans le vide à cause d’une réserve d’air soi-disant limitée…

Mon retour au milieu de la séance de yoga de Mickael a fait sensation. L’alignement n’était pas parfait : je visais le hamac du salon… Bien content d’être de retour chez moi, malgré les 26 mêmes zozos qui sont toujours là. C’est toujours mieux que 5 types en apesanteur voulant m’étriper ! Mais rien de mieux que des vacances sportives dans un magnifique environnement pour vous changer les idées. Je suis prêt pour finir l’hivernage.

LES VACANCES DE BENOIT

Whaouuuuuuu, c’était des vacances sensationnelles. Je ne sais pas par où commencer, mais, pour vous, je vais faire un effort.

Tout d’abord quand je suis arrivé à Hobart, j’ai retrouvé mes parents et mon petit frère avec qui j’ai passé un peu plus d’une semaine à jouer au touriste la journée. Le soir, je retrouvais mes co-hivernants dans les bars afin d’oublier qu’on avait du quitter notre bien chère île.

Alors que je n’avais pas encore réalisé que j’avais quitté mon bout du monde, c’est l’autre bout du monde qui débarqua à Hobart, incarné par quelques 22 ans de franche amitié en la personne de Valent’. Après avoir écumé les magasins de matériels de rando, et avoir raccompagné mes parents à l’aéroport en leur promettant de ne pas trop m’attarder de ce coté de la planète (c’est bien sûr une histoire maman), nous voilà partis à travers la Tasmanie, avec un sac sur le dos, une bonne paire de chaussures au pied et un peu plus d’un an d’histoire à se raconter.

Nous avons croisé le fameux diable, parcouru l’Overland Track et bien sur, mis le nez dans une grotte ou deux. Les paysages étaient fantastiques et se retrouver après tant de temps était super. Mais cela fait déjà un mois que j’ai quitté les Pétrels et on m’attend ailleurs.

Du coup, en un petit coup d’avion me voilà en Australie, où je retrouve K1, Luc et Olive, chez ce dernier tout fraîchement installé. Nous passons, bien sur, la nuit à découvrir les bars de la ville entre copains et nous retrouvons le surlendemain (oui, il nous faut du temps pour récupérer) la gente féminine.

Chloé, Trudy, Marine, Juliette, Claire, Pauline, … et j’en oublie bien sur, pour une petite semaine de vacances avec pour mot d’ordre : « Plage et Soirée », un peu comme à Tharon. Ensuite tous les copains de France et de Navarre nous ont rejoins pour une semaine de plus et c’était super. On a nagé avec les dauphins, l’eau était super chaude, le soleil était là tous les jours, et comme on avait un peu de temps on prendra un bateau et on fera une croisière jusqu'à DDU …

Pour info on est à peu prés déjà mi-mars, mais au point où j’en suis, ça fait déjà bien longtemps que j’ai quitté le domaine du possible. Entre confusion de temps, erreur du mois des grandes vacances et le fait que Claire n’oublie pas de venir, je me suis très largement égaré. Mon passage en Australie est un peu flou, passer dans des failles temporelles n’est pas très bon pour la mémoire.

Cela dit, après ces superbes vacances australiennes, nous avons quitté le territoire des kangourous pour se rendre en Nouvelle-Zélande, où nous avons la chance d’assister à la coupe du monde de Rugby étant donné qu’elle a été repoussée car je ne pouvais pas y être …

Bon d’accord, en fait, je retrouve ma sœur et nous parcourons le pays en long et en large avant de rentrer en France pour encore plein de nouvelles aventures.

J’espère que les messages sont bien passés et je m’excuse de la tournure que cela a pu prendre, mais voilà ce qui arrive quand on décide d’écrire quelque chose durant une nuit centrale.

Salami !!!

LES VACANCES DU CHIOURS ET DU ZEBRE

Ils sont presque tous partis et ils nous ont laissé là. La base est à nous, on fait les fous, on court partout. Mais on s’embête un peu. Alors avec Le Zèbre, on a décidé de partir nous aussi en vacances. Surtout qu’on entend souvent parler de la base voisine de Dôme C, Concordia, mais ni lui ni moi n’y sommes jamais allé. De plus, nous sommes un peu inquiets au sujet de nos douze collègues qui ont choisi de passer l’année tout là-haut, sur le haut plateau antarctique. Les dernières nouvelles que l’on a d’eux datent du mois de juin et étaient assez inquiétantes. Ils nous avaient envoyé une image où on les voyait partir à moitié nus chasser l’Ours sur la calotte antarctique, là où la nuit polaire est quasi permanente. Les températures là-haut en ce moment sont inférieures à -60°C… Les derniers mots de leur message étaient pour nous envoyer des "Cosmic love". Depuis, plus aucun signe de vie.

Dernière image reçue de l’équipe du 7ème hivernage à Concordia, datée du 23 Juin*

La décision prise, nous ne mettons pas bien longtemps à nous préparer. Quelques couvertures, du chocolat, des biscuits, deux bonnes bouteilles pour fêter l’arrivée là-haut (je ne sais pas d’où Le Zèbre sort ça…) et nous voilà partis à pattes en direction de Cap Prud’homme, la petite base à 5 km d’ici. Actuellement inhabitée, elle sert en été à préparer les convois qui ravitaillent Concordia. Nous espérons y trouver un véhicule.

Nous faisons une pause à mi-chemin au niveau d’un glaçon plein de trous dans lequel nous improvisons une partie de cache-cache. Il ne faut toutefois pas trop s’attarder car on voudrait profiter des quelques heures de jours pour avancer et passer la zone qui, parait-il, est pleine de crevasses dans les premiers kilomètres. Ce serait un coup à avoir des problèmes si on mettait un tracteur dans un trou !

A Prud’homme, les gros tracteurs, ce n’est pas ce qui manque… Il y a aussi une pelleteuse, une dameuse, des bulldozers, des remorques, pleins de trucs bien rangés pour l’hiver… Il nous reste plus qu’à choisir un engin… Bon, pas le premier, il est tout rempli de neige. J’essaie de démarrer le second tandis que Le Zèbre va voir le troisième. Rien à faire, il ne veut rien savoir. J’aurais peut-être dû aller faire un stage au garage plutôt que de me la couler douce à la radio ! A côté, je vois Le Zèbre ouvrir le capot du moteur, sortir une grosse clé à molette et taper dessus avec ; il remonte dans le tracteur, et soudain une grosse fumée noire sort de la cheminée : c’est gagné !

Nous partons sur le champ. Les premiers kilomètres, la piste monte beaucoup et nous arrivons effectivement très vite dans une zone de crevasses fines et sournoises, d’autres béantes. La route est régulièrement balisée par des piquets et on voit encore nettement la trace des derniers convois de l’été dernier. La conduite est assez marrante : très vite, on pousse la manette de la position tortue à lièvre, on met les vitesses à fond et il n’y a plus qu’à jouer avec le volant. Ou pas, d’ailleurs, car en général la trace est toute droite. Le seul problème, c’est pour freiner, la pédale est trop loin pour nos petites pattes et il faut alors s’y mettre à deux. Mais normalement, nous ne devrions pas avoir besoin de freiner au cours des prochains 1100 km. Par contre, mieux vaut bien s’accrocher dans le tracteur, à chaque irrégularité de la neige, on saute et sursaute comme des moutons en risquant de se cogner au plafond ou de se manger le pare-brise… Du coup, on réduit un peu la vitesse.

En haut : l’archipel (l’île du Gouverneur au premier plan), la Banquise, les Glaçons et la Base (sur la droite) vus des premiers kilomètres de la route du Chiours ; en bas : zone d‘eau libre à quelques dizaines de kilomètres au large

Dès que l’on prend un peu d’altitude, la vue se dégage sur l’archipel, la banquise, et même une polynie, zone d’eau libre, devient visible au loin. Puis très vite, les derniers Icebergs disparaissent et notre environnement se résume à deux couleurs, bleu au-dessus, blanc au-dessous ; une Ligne entre les deux, tout autour… Nous avons pénétré dans le désert antarctique : nous sautons de joie sur la banquette du tracteur !

Nous n’avons pas roulé depuis 3 heures que des points sombres apparaissent au loin, irrégularité du décor blanc. Une chenille. Etrange. Une chenille qui fume… intrigués, nous remettons les gaz à fond pour avoir plus vite la réponse à ce troublant phénomène. Elle ne tarde pas, la chenille grossit très vite et nous réalisons que nous avons ni plus ni moins affaire à un embouteillage ! Une longue série de tracteurs et de caravanes arrive en sens inverse. C’est vrai, c’est Juillet. Nous devons être sur la route des vacances des gens du Sud qui descendent vers le Nord, sur la côte. Nous ne sommes pas mécontents d’aller dans l’autre sens, vers le calme, loin des plages… Nous klaxonnons comme des petits fous pour saluer ces touristes et filons vers le sud, sur leurs traces.

Chassé-croisé de fin juillet, colonne de touristes descendant vers la côte

Peu à peu, nous pénétrons dans notre première nuit continentale. Zut, nous n’avions pas pensé à ça. Nous aurions dû choisir un tracteur équipé de projecteurs, nos phares ne sont pas bien puissants. Heureusement, Le Zèbre, commençant à s’ennuyer, se décide à allumer l’ordinateur accroché dans le tracteur (quelle idée !). Pensant trouver des jeux, il ouvre en fait un logiciel où apparait notre position GPS et le tracé d’une route (droite !) menant à Dôme C. Nous pouvons donc continuer à rouler de nuit, en vérifiant de temps en temps que le tracteur ne dévie pas de la trace et en corrigeant au besoin d’un petit coup de volant. Nous nous organisons ainsi pour conduire à tour de rôle, l’un assis sur un coussin posé sur la banquette, l’autre couché à côté, enroulé dans une couverture. Lorsque nous sommes réveillés tous les deux, nous chantons, des chansons de Zèbres et de Chiours, nous jouons aux devinettes, grignotons nos sucreries. Le Zèbre adore lire et relire les blagues de carambars (mais où a-t’il trouvé ces carambars ?? Sans doute à Biomar…). Sa préférée ? Aller, j’ose : Un voleur s’apprête à entrer dans une maison quand il voit un écriteau : "attention, perroquet méchant !". Il rit, franchit la porte et entend le perroquet crier : "Vas-y Rex, attaque !" ; il rit comme un gosse, Le Zèbre…

Le Chiours, content, au volant de son tracteur

La première nuit passe ainsi assez vite, puis la journée suivante, déjà bien plus courte que chez nous. La nuit suivante est plus longuette, je somnole au volant. Le Zèbre ronfle comme un Âne, il doit rêver… Le GPS indique Dôme C à 400 km quand je prends sa place sur la banquette pour dormir à mon tour. On approche… à 20 km/h de moyenne, on arrive demain soir !

La seconde journée est ridicule, presque une arnaque ! C’est plus une ébauche de jour qu’une véritable journée. Quelques heures de clarté et déjà la nuit est là, belle cependant, criblée d’étoiles. Et la température : du -70°C bien tapé : on ne savait même pas que ça existait !… Bien au chaud dans la cabine du tracteur, on évite de sortir une patte dehors ! Il faut dire que l’on est déjà à 3000m d’altitude, et qu’on approche des 75° de latitude Sud…

20h. Le GPS annonce Dôme C à 500 m. On ne discerne rien dans la nuit, que le rideau d’étoiles au-dessus de la Ligne. Puis, quelques instants plus tard, on distingue des ombres, des panneaux de bois, des masses sombres qui doivent être des tentes, des containers et… un peu plus loin, deux ombres imposantes : les deux tours sur pilotis de la Base Concordia. Aucune lumière, pas âme qui vive. Notre angoisse grandit, que s’est-il donc passé ici ?? Les vieux films de science-fiction racontant des choses horribles sur des bases scientifiques polaires nous reviennent à l’esprit. Assis dans notre tracteur, nous ne faisons pas les malins… Pour dire vrai, on n’a qu’une envie, c’est de rentrer vite fait à la maison. On se regarde, mais aucun de nous deux n’ose l’avouer. Alors on se décide à sortir du tracteur et à s’approcher pour voir. On gravit lentement l’escalier métallique couvert de givre. Dans ce genre de situation, on aurait bien envie de prendre un Doudou pour se rassurer… Mais on n’a pas de Doudou. C’est nous les Doudous. Alors je prends la patte du Zèbre dans ma patte et on monte ainsi les dernières marches. Je lève ma lampe frontale sur la porte et découvre un petit post’it, posé à la va vite :

Sur la porte de la station Concordia…

C’est donc tout simplement ça… Ici aussi c’est les grandes vacances ! Et tout d’un coup, tout s’explique. Le bouchon de touristes rencontré sur la route il y a quelques jours, c’était les hivernants de Dôme C qui descendaient sur la côte à la recherche de quelques instants de Soleil en attendant qu’Il se décide à repasser au-dessus de l’horizon, chez eux, à un moment du mois d’août…

Soulagés, nous rentrons dans la base pour nous réchauffer. Tout est silencieux, à part le sourd ronronnement du groupe électrogène laissé au ralenti pour maintenir les locaux hors gel. Nous visitons la première tour : hôpital, chambres, salle de bain, laboratoires, salle radio… Tout est calme, sombre, partout les appareils, les ordinateurs sont éteints. Nous redescendons pour aller visiter la seconde tour, espérant trouver quelque chose à grignoter. Atelier, salle de sport, salle vidéo, magasin vivres (hé hé…), cuisine, salon… Tiens : ça bouge là-dedans ! Toute une bande de Doudous que les hivernants n’ont pas emmenés avec eux en vacances sont réunis là, assis sur les tables, affalés dans les canapés, en train de manger des bonbons… C’est chouette les vacances !!

Douces retrouvailles à Concordia…

*Un grand merci et un salut amical aux hivernants de Concordia qui nous ont autorisés à reproduire leur photo !

LES VACANCES DE PADDINGTON

Ce matin là je me suis réveillé avec la gueule de bois et un drôle de pressentiment. Un peu de lumière s’infiltrait déjà sous le volet, signe qu’il n’était pas spécialement tôt. Mais à cela rien d’anormal. D’où me venait cette étrange sensation, ce picotement dans mes oreilles ? Pour l’étau autour de mon crâne et l’impression que mes cheveux poussaient à l’envers j’avais comme une idée. Mais ce silence… Pas un souffle de vent pour effleurer le bâtiment, pas un bruit de charentaises raclant paresseusement le plancher du couloir, pas une porte qui claque, même pas celle de la salle de bain qui se referme leeeeentement jusqu’au « clonk » caractéristique. Même pas le son d’une voix. Où sont passés les coups de marteau ? le vrombissement de la disqueuse ? Les travaux ne sont pourtant pas terminés dans le couloir d’en face.

J’ai glissé de ma couette à mes charentaises en me décollant les yeux et les neurones tapissés au fond de mon crâne par un simple effet de la gravité, et je suis sortie voir le silence. Et je l’ai vu. Je vous jure, je l’ai vu, je l’ai même reniflé, touché. Tout ce que je n’ai pas pu faire c’est l’entendre, mais vous avouerez que même en tendant l’oreille, si le silence est vraiment bon, on ne peut pas l’entendre, sinon c’est un silence de pacotille. J’étais prête à admettre que le rhum rend sourd mais je m’entendais quand même avaler ma salive pâteuse. Ca sentait le non-bruit, et aussi l’absence. Je pouvais presque toucher cette non présence car elle faisait vraiment désordre dans le 42. Je voyais bien qu’il y avait un truc louche et ça m’a donné un peu froid dans le dos alors pour me rassurer j’ai quand même fait vite fait le tour du bâtiment. C’était vide. Là j’ai commencé à flipper, pas vraiment à cause de toutes ces chambres et bureaux vides non, parce qu’à la rigueur on pourrait penser que tout le monde est occupé ailleurs, ça ne serait pas incroyable. Non je flippais parce que je sentais qu’il n’y avait personne… nulle part. J’avais cette intuition troublante, sans doute aiguisée par les restes d’alcool de la veille, qui m’a fait penser au film « 28 jours plus tard » quand un gars se réveille et trouve New-York vide et figée, animée seulement par les pigeons et les papiers qui volent au vent. Par acquis de conscience et parce que je ne crois pas au sixième sens (encore moins quand il s’agit du mien) j’ai enfilé un bonnet et ma VTN et j’ai entamé un petit tour rapide de la base. Séjour, centrale, géophy, météo, glacio, ciporex… Et toujours ce silence, ce rien, aucun mouvement.

Alors j’ai fait ce qu’il y avait de plus logique à faire, le plus raisonnable. Je suis remonté dans ma chambre et je me suis couché. Il suffisait après tout d’admettre que j’étais dans un rêve (ou un cauchemar appelez ça comme vous voulez) et je pourrais enfin me réveiller pour de vrai et savourer les bruits de la disqueuse et du marteau qui gagnent à tous les coups sur mon envie de rester au lit.

Pas moyen. Ni de me rendormir, ni de me réveiller. Où étais-je ? Je commençais à m’y perdre un peu à force de tenter de m’endormir pour me réveiller. C’est un peu compliqué comme manœuvre mentale.

Bref je vous passe les heures qui suivent. Mais des heures, c’est bien ce qu’il m’a fallut pour me rendre à l’évidence. A priori, je ne rêvais pas. Où alors c’était vraiment un excellent rêve tellement bien foutu que j’avais du mal à croire que mon cerveau puisse en être l’auteur, même imbibé.

D’abord je me suis demandé où était passé les autres… et puis j’ai fini par retrouver la mémoire grâce à un petit mot du chef central laissé à mon adresse. Voilà ce qu’il me disait :

« Salut Paddington, comme je sais que tu n’as pas les moyens de partir en vacances (je suis vraiment désolé pour toi qu’il n’y est pas de camping dans le coin et que la Vendée soit si loin), je te laisse les clefs de la centrale. Normalement Gérard Manchot a été formé si j’en crois la gazette de DDU n°4 donc il devrait pouvoir assurer pendant mon absence. Amusez vous bien, je t’enverrai une carte postale de Saint Jean de Mont »

Les vacances ! Comment avais-je pu l’oublier ? C’est les vacances, les grandes vacances. Les hivernants sont juilletistes et même les VCAT (un mot snob pour dire « les pauvres » de DDU) ont cassé leur tirelire pour partir bronzer les doigts de pieds en éventail face à la mer. Et moi ? Ben et moi, me voilà planté là, la faute à pas de tirelire et à mes poches trouées. Je savais bien que je n’aurais pas du acheter tous les manchots en peluche de la coop pour les libérer du placard. Ni payer le champagne tous les soirs sous n’importe quel prétexte. Ni prêter ma carte bleue à ce manchot un peu louche qui m’a embobiné l’autre soir, pour autant que je sache maintenant il se paye un hôtel de luxe en Tasmanie avec mon indemnité de VCAT (plus vraisemblablement un emplacement de camping).

Sur le coup j’ai eu un peu les glandes. Me voilà tout seul sur une base déserte et glaciale pendant que les autres jouent à la belote avec 45°C de plus au thermomètre.

Mais en bon ours polaire je ne me suis pas laissé abattre et j’ai vite décidé de mettre à profit ces grandes vacances.

Gérard Manchot a pris la centrale en main, s’il arrive à résister à sa tentation d’appuyer sur le gros bouton rouge, on devrait s’en sortir pour l’eau et l’électricité.

Ensuite j’ai commencé par faire un tri dans les bâtiments vivre, le +4 et le -20 (c’est des dégrés celsius vous aurez compris). J’ai fait deux catégories : les trucs bons et les trucs bofs ou pas bons du tout. Tous les trucs bons je les ai ramené au séjour avec le morooka (un genre de pick-up sans toi avec des chenilles à la place des roues et des bâtons à la place du volant). Il y avait : le nutella, le coca, le shewepps, les shupa shupps, les 2 derniers paquets de BN, le dernier carton de ketchup, un carton de bonbons, des assortiments de gâteaux, des desserts congelés, de la glace à plein de parfum, un reste de foie gras, du jambon fumé, de la bonne barbaque et quelques trucs verts genre légumes surgelés qui m’ont permis de faire des bons petits plats avec l’aide de mon pote Troimer l’éléphant.

Vous n’allez ptet pas me croire (je m’en fiche à vrai dire), mais j’ai tout mangé. Tous les trucs de la catégorie « trucs bons ». Ca faisait beaucoup, trop même, archi trop. Tellement trop qu’à l’heure où je vous raconte ça je m’apprête à hiberner jusqu’à la fin de l’hivernage. Mais après tout je suis un ours…

En mangeant le nutella je pensais à la tête que feraient les autres en rentrant. Et ça le rendait encore meilleur. Et ouais les gars… fallait pas partir en vacances !

J’ai aussi dormi dans toutes les chambres pout trouver la meilleure, avec la plus belle vue et la température idéale (et le compromis parfait pour une distance à la salle de bain raisonnable). J’ai pris toutes les couettes et oreillers pour me faire un lit d’empereur. J’ai bu tous les bons vins que les hivernants avait emmené dans leur malles. J’ai téléchargé plein de trucs sur internet via la connexion satellite (quelques centaines d’euros par heure, une gageure !) de la radio. J’ai fumé les cigares de la coop, repeint les murs tout marronnasses du séjour avec des arc-en-ciel et des bisounours, j’ai fait un bouquet de ballons météo gonflés à l’hélium et accrochés à un manchot pour prouver au monde entier que les manchots peuvent voler avec un peu de bonne volonté. J’ai bu tout le rhum coca évidemment, c’est ce qu’on fait dans ces cas là.

En bref je n’ai pas vu le temps passer. Des vacances formidables, peut-être les meilleures de toute ma vie.

Et pour pas que les hivernants soient trop aigris en rentrant je leur ai préparé un bon repas « salsifi-choux de bruxelles » pour leur retour. Ca les a direct adoucit.

Le jour où j'ai sauvé Gérard des abîmes insondables du Pôle Sud (je l'aurais bien laissé tomber mais avec tous ces hivernants en vacances y'aurait eu personne pour faire tourner la centrale)

LE PORTRAIT D’UN HIVERNANT

Camille, Biologiste de la TA 61

Petit Poisson

- Qu’as-tu fait avant de venir ici ? Un résumé rapide de ta vie.

J’ai fait deux ans d’études à l’Institut des Sciences et Technique de la Mer à Cherbourg, qui m’a permis d’obtenir le diplôme de technicien supérieur de la Mer. J’ai ensuite continué avec une licence en Océanographie à Marseille. Puis je suis parti à Montréal en échange pour mon master en Océanographie toujours.
Finalement je suis resté au Canada pour recommencer un master canadien cette fois, mais toujours en Océano… je devrais l’avoir terminé d’ici deux ou trois mois.

- Pourquoi venir ici ?

Deux raisons : tout d’abord, je ne supporte pas la chaleur et je cherchais un endroit dépaysant où partir et où il fait froid.
La deuxième raison est professionnelle. En océanographie, les tropiques sont très étudiés, beaucoup moins les milieux polaires : je trouvais intéressant de pouvoir aller comparer par moi-même.

- Comment imaginais-tu l’Antarctique et comment le vois-tu maintenant ?

Je n’imaginais pas… Je connaissais déjà la banquise du Canada. C’est différent en Antarctique, mais un peu pareil quand même.
La vie en communauté à 10 ou à 27, ce sont les mêmes problèmes qui se posent, donc je n’ai pas de grosses surprises.
Finalement, c’est de la glace, du vent, du Soleil… c’est assez difficile à décrire quand on est dedans !

- Que fais-tu pendant une journée de travail ?

Je fais des trous dans la glace pour récupérer du phytoplancton et du zooplancton (crustacés et algues).
Je récupère de la glace de mer aussi.
De temps en temps, je pilote un ROV, un robot sous-marin, pour voir ce qu’il y a sous l’eau.
Parfois je pêche à la ligne.
Et je peux aussi m’enfermer au labo pour filtrer des litres d’eau qui viennent des carottes de glace.

- Ton moment préféré de la journée/semaine ?

Une journée de beau temps où j’ai le temps de poser mes fesses sur la glace pour regarder les bergs et le vent qui souffle.

- Ton défaut ?

Je rigole pour rien !
Non, j’ai toujours peur de ne pas faire assez, au quotidien ou au travail.

- La personne la plus déjantée de la base ?

Personne, on est tous sain d’esprit !

- Quels petits plaisirs as-tu apporté dans tes malles ?

La confiture de mûre de ma maman. Elle me sauve la vie tous les matins à BIOMAR.
De quoi dessiner.
Mon nounours.

- Ton mot de la fin ?

Ne venez pas en Antarctique, sinon on ne pourra pas revenir !

Les avis d’Arnaud (Météorologue), Justin (Mécanicien Garagiste) et Marion (Chef de district) sur Camille

- Une description rapide ?

Elle est gentille et pleine d’énergie : elle fait tout à fond la caisse.
C’est une pile avec de cheveux.
Petite, légère, dynamique…

- A quel aliment te fait-elle penser ?

Une boisson énergétique comme elle est tout le temps à 200 à l’heure.
Des légumes qu’on fait cuire dans un wok : ça saute partout !
Une boisson pétillante, parce qu’il y a des petites bulles.

- Son défaut selon toi ?

Elle marche comme si elle faisait dix fois son poids.
Elle rigole trop fort.
Elle met trop de mots dans une seule phrase.

- Un bon moment passé avec elle ?

Quand on finit une manip au trou de pêche et qu’on rentre boire le thé.
Au mois de juillet, pour la première fois, la manip ROV à marcher… c’était pas mal !
A papoter en revenant du trou de pêche.

Benoît, Plombier Chauffagiste de la TA 61

- Qu’as-tu fait avant de venir ici ? Un résumé rapide de ta vie.

Je suis né le 17 Novembre 1987, à Laon dans l’Aine. J’ai grandi à Nouvion le Vineux, une charmante petite bourgade au fin fond de la Picardie. J’ai poursuivi mes études à Nantes où je me suis orienté vers la plomberie et le chauffage. J’ai ensuite passé deux ans en apprentissage à Angers où je suis rentré dans l’association ouvrière des compagnons du devoir du tour de France. Lors du tour de France, j’ai passé un an à Quimper, moment où dans la maison des compagnons de Rennes j’ai lu que l’IPEV cherchait du monde pour hiverner. Puis je suis allé un an à Grenoble et un an à Reims. Ces trois années m’ont permis d’obtenir un BP de monteur en génie climatique. Pendant l’année à Reims, j’ai passé les entretiens pour venir ici.

- Pourquoi venir ici ?

J’avais envie de quitter la France. Chez les compagnons, nous avons le droit de partir un an à l’étranger. J’avais envie d’aventure, de vivre isolé au bout du monde. Mais c’est aussi un défi professionnel.

- Comment imaginais-tu l’Antarctique et comment le vois-tu maintenant ?

Je pensais que la vie de tous les jours serait plus dure, que les conditions climatiques seraient plus rudes.

- Que fais-tu pendant une semaine de travail ?

Je m’occupe des installations de plomberie, de chauffage, du froid. Je fais la maintenance, la remise en état, les travaux nécessaires. À l’occasion, je fais quelques manips d’entretien avec la centrale. Il y a beaucoup de travail et je n’ai pas le temps de m’ennuyer.

- Ton moment préféré de la journée/semaine ?

Les sorties sur la banquise à l’occasion, le dimanche et le samedi après-midi.

- Ton défaut ?

Chiant.
Pas toujours facile à vivre.
Je parle fort... et j’aime bien ça.

- La personne la plus déjantée de la base ?

Chaque hivernant a ses moments déjantés. Sauf que certains s'exhibent plus que d’autres ...

- Quels petits plaisirs as-tu apporté dans tes malles ?

Une caisse de champagne de Gabriel et fils, du Nutella que je n’ai pas encore ouvert, des Traou Mad, des Snickers, des Twix, du Toblerone, de l’Ovomaltine et de l’Ovomaltine crunchy deux choses très importantes, une bouteille de Picon, et une Surfire M6.

- Ton blog ?

www.coterieantarctique.blogspot.com

- Ton mot de la fin ?

Je n’ai pas du tout hâte que l’hivernage se termine. Mais c’est avec plaisir que je reverrai tout le monde en rentrant. Bisous à Maman. Bisous Papa. Bisous Valentin. Marie. Mathieu. Copains de Nantes. Alan. Tous les pays coterie. Et tous ceux que j’oublie ... mais cela énerve les hivernants qui écrivent la gazette d’écrire tout cela.

Les avis de Sylvain (Chef Centrale), Coralie (Vétérinaire) et Baptiste (Menuisier) sur Benoît

- Une description rapide ?

Benoît est quelqu’un de jovial, que l’on remarque facilement tellement il parle fort. Il est intelligent mais qu’est ce qu’il peut être susceptible de temps en temps !!! Il est aussi carré dans sa manière de penser.

- A quel aliment te fait-il penser ?

Un brocoli... mais on ne sait pas pourquoi. Après les tendances vont vers des aliments qui ont un goût plutôt fort, du ragout de mouton pour son goût fort qui reste dans la bouche et qui donne du goût à tous les légumes, et un piment pour son côté explosif : on sait quand il est là (rien de péjoratif là-dedans, ne vous méprenez pas).

- Son défaut selon toi ?

Il me casse les oreilles avec sa voix de ténor et son rire tonitruant. Il reste de ce fait des traces après son passage. Il disparait régulièrement derrière son ordinateur pour geeker.

- Un bon moment passé avec lui ?

Accouder au bar à raconter des bêtises, autour d’un verre de Picon.
Dans la salle de sport....
Lors d’un des premiers repas où tous les hivernants étaient présents, le repas à Océanopolis, Brest pendant le séminaire.

ANNONCE DE DERNIERE MINUTE

Vous pouvez dès à présent aller visionner les films du festival international Antarctique, organisé par la base McMurdo. Toutes les bases antarctiques et sub-antarctiques peuvent y participer et voter. Ce sont des films d'une durée de cinq minutes maximum. Il y a deux catégories, libre et 48h. La catégorie libre a pour seul limite, la date d'envoie : le 1er Août au plus tard. Pour la catégorie 48h, le film doit être monté et tourné en 48h (le 30 et 31 Juillet de cette année). Dans ce film, cinq éléments doivent être présents, une scie, une barre chocolatée sur un t-shirt, Popeye comme personnage, le son d'une goutte d'eau qui tombe d'un robinet, et un phrase de dialogue comprenant "...which I imbibed rapaciously." (... que j'ai ingurgité avec avidité). Le tout est sous-titré en anglais ou directement mis en anglais, l'anglais étant la langue internationale par excellence.

La base Dumont D'Urville a participé en envoyant un film Libre et un film 48h. Nous avons passé deux jours à filmer, monter, regarder, visionner. Nos acteurs ont eu froid, très froid. Des oreilles ont été perdues. Ce week-end là, il faisait -24°C et jusqu'à -50°C en ressenti en raison du vent. Nous ne l'avons pas fait en espérant gagner la Palme d'or, mais surtout pour passer un bon moment. J'espère que vous aurez le plaisir de visionner tous ces films de part le monde. Nous ne pourrons les découvrir qu'à notre retour dans le monde civilisé.

L'adresses à laquelle vous pouvez les visionner :

www.tinyurl.com/wiffa2011

Sur le site, il y a la possibilité de télécharger film par film ou tout d'un coup.

Informations

Publication
Le 09/08/2011
Catégorie
Des nouvelles du terrain
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