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Bilan campagne revolta 2010
Belle moisson de découvertes pour la campagne Revolta à DDU.
Cette première campagne avait plusieurs objectifs : inventorier le mégaépibenthos (la partie des animaux et algues vivant sur le substrat et dont la taille est supérieure au centimètre) de Terre-Adélie, installer en aquarium des comatules de l'espèce Promachocrinus kerguelensis afin d’étudier leurs traits de vie, compléter l’échantillonnage des téléostéens/notothénioïdés de cette zone pour l’étude de leurs radiations évolutives au moyen de marqueurs ADN, chromosomiques et anatomiques. Pour cela, différents engins de pêche : chalut à perche de petite dimension, filets trémails et filets droits ont été mis en œuvre à partir du chaland (sea-truck) de la base Dumont d’Urville.
L’équipe nous dresse un rapide bilan de plus d’un mois de campagne.
« Nous avons effectué 11 sorties en mer et réalisé 38 opérations de pêche. Dès le premier trémail remonté, nous avons récolté un spécimen de grande taille et en bon état de comatule Promachocrinus kerguelensis, assez commune sous ces latitudes, mais dont les traits de vie sont inconnus. En sus de cette comatule, nous avons récolté plusieurs poissons, Trematomus bernacchii, T. newnesi, T. pennellii et Gymnodraco acuticeps. Le même jour, nous avons fait les premiers essais de chalutage avec un nouvel équipement qui a permis de récolter un échantillon très riche du mégaépibenthos. Trente taxons au moins sont représentés avec une nette domination des éponges Homaxinella balfourensis, qui constituent un substrat à plusieurs étages pour les concombres de mer suspensivores et les petits crustacés comme les Antarcturidae. Cette faune commensale vit donc entre 0 et 50 cm au-dessus du substrat et capturent les particules en suspension dans la masse d’eau.
Jour après jour, l'échantillonnage s'est accru. A plusieurs reprises, nous avons été frappés par la diversité des communautés représentées dans les chaluts. Elles sont souvent différentes d'une station à une autre pourtant parfois peu éloignées : qui dominée par les éponges, qui par les bryozoaires, qui par les concombres de mer. De plus, certains taxons possèdent des représentants d’une taille disproportionnée rarement atteinte dans les autres océans. Par exemple, nous avons récolté un mollusque chiton "géant" d'une douzaine de centimètres de long, des mollusques gastéropodes de type Lamellaria de la taille d’un ballon de hand-ball (~20 cm de diamètre), des pycnogonides (les cousins marins de nos araignées terrestres) d’une envergure avoisinant les 30 centimètres.
L’ensemble des spécimens récoltés est méticuleusement trié par taxon puis conditionné en alcool à 80°. Au total, nous avons réuni plus de 600 échantillons appartenant à au moins une centaine de taxons de rangs divers. Ces échantillons seront rapatriés au Muséum national d’Histoire naturelle où ils seront étudiés ou envoyés aux spécialistes des différents groupes taxonomiques du mégaépibenthos.
Les aquariums ont été réinstallés au laboratoire Biomar. L’eau de mer arrive dans les aquariums à une température d’environ 0°C. Elle est chargée de microparticules phytoplanctoniques qui servent à la subsistance des organismes filtreurs. Près de trente comatules Promachocrinus kerguelensis et Florometra mawsoni, récoltées dans les chaluts ou les filets, ont été installées dans trois bacs. Ces animaux seront conservés tout l’hiver afin de déterminer leur période de reproduction, leur taux de croissance et leur comportement de filtration.
Du côté des poissons téléostéens, la pose des filets a été souvent limitée en temps et profondeur à cause des conditions de glaces et de vent. Des représentants de sept espèces différentes de notothénioïdés ont été pêchés. L'espèce largement majoritaire dans les filets était Trematomus bernacchii, suivie de près de Notothenia coriiceps.
La pêche au chalut nous a permis de compléter cet échantillonnage avec des représentants de deux espèces d’Artedidraconidé.. Jusqu'au dernier jour de pêche, une espèce s'est faite désirer : le poisson des glaces. C'est dans le dernier filet que nous avons eu la grande surprise d'en découvrir un de bonne taille. Ce poisson, un Chionodraco hamatus, est très particulier car son sang est dépourvu d'hémoglobine et présente donc une teinte translucide à blanc selon les organes. Ainsi, au total, nous avons pu récolter des représentants de neuf espèces appartenant à quatre familles de notothénioïdés. Des cultures de rein céphalique pour réaliser les préparations de chromosomes et des prélèvements de muscle pour les extractions d’ADN ont été réalisées pour l’ensemble de ces espèces.
La campagne s’achève bientôt. L’Antarctique se révèle très riche en espèces diverses, notamment suspensivores, en géants de toutes sortes et de toutes colorations. Cette richesse qualitative se double d’une abondance remarquable. A ces caractéristiques étonnantes, il faut ajouter des inventions évolutives particulières développées par les poissons téléostéens »






