Documents > Jean-Marc BARNOLA

Jean-Marc BARNOLA

Jean-Marc à St Petersbourg, en juillet 2007
© V. Lipenkov

"Jean-Marc BARNOLA était chercheur au CNRS, spécialisé en glaciologie et paléoclimatologie. Décédé prématurément en septembre 2009 des suites d'une longue maladie, il a marqué la communauté scientifique internationale par son travail fondamental sur les processus physiques de densification de la neige et du névé polaire, mais aussi pour avoir
produit les premiers enregistrements de l'évolution temporelle du dioxyde de carbone dans l'atmosphère à l'échelle de plusieurs cycles climatiques (les fameuses courbes issues des carottes de glace de Vostok et d'EPICA).
Le Laboratoire de Glaciologie et de Géophysique de l'Environnement (LGGE), son laboratoire d'accueil, a proposé que son nom soit donné au site sur lequel le programme EXPLORE sera déployé cette année, au sud de la base franco-italienne Concordia. Ce programme s'intéresse en effet à la physique de la densification de la neige en conditions de très faible accumulation, thématique qui tenait particulièrement à coeur à Jean-Marc BARNOLA.
A cette fin, Yves FRENOT, directeur de l'IPEV, a pris attache auprès de la Commission Nationale de Toponymie. Elle validera la dénomination du Point Barnola lors de sa prochaine réunion au printemps 2012, une fois que les coordonnées géographiques exactes auront été déterminées lors de l'expédition cet hiver. Les membres de l'expédition installeront sur place un pieu sur lequel sera fixée une plaque en l'honneur de Jean-Marc BARNOLA, avec son portrait."

Jean- Marc BARNOLA,
chercheur au LGGE, nous a quitté ce lundi 21 septembre 2009.

Né en 1956, Jean-Marc BARNOLA, après des études de physique à l’université de Grenoble, a passé sa thèse en 1984 sur l’analyse du CO2 de l’air contenu dans la glace, sous la direction de D. RAYNAUD au Laboratoire de Glaciologie et de Géophysique de l'Environnement (LGGE). Recruté comme attaché de recherche au CNRS en 1985, il a ensuite poursuivi sa carrière scientifique au LGGE.

Durant toutes ces années, un de ses centres d’intérêt scientifique majeur a porté sur la reconstitution de l’évolution de la composition de l’atmosphère, notamment en gaz à effet de serre, à partir de l’analyse des bulles d’air dans les carottes de glace. Mais une part non moins importante de sa recherche a concerné la physique de la densification de la neige et du névé en conditions polaires, ainsi que de la diffusion des gaz au sein du névé, domaines d’étude particulièrement importants pour évaluer l’âge du gaz piégé au sein de la glace ou pour reconstituer l’évolution très récente de la composition de l’atmosphère. C’est peut-être dans ce domaine que son esprit de physicien s’exprimait le mieux, avec une créativité remarquable aussi bien dans le domaine expérimental qu’en modélisation.

Si Jean-Marc BARNOLA a particulièrement marqué la communauté scientifique française et internationale dans le domaine de l’étude du climat terrestre, c’est bien sûr par son travail pionnier de reconstitution de l’évolution des teneurs en dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Il était ainsi le premier auteur d’un article paru en triptyque dans la revue Nature en 1987, où apparaissait la première courbe historique issue du forage russe de Vostok, montrant la relation remarquable entre teneur en dioxyde de carbone et température au cours d’un cycle climatique glaciaire-interglaciaire. Cette courbe a marqué à jamais les bases scientifiques ayant conduit petit à petit au protocole de Kyoto. Il avait ensuite poursuivi ce travail au cours de multiples étapes, marquées notamment par l’enregistrement de CO2 et de climat sur quatre cycles climatiques (toujours grâce à Vostok) puis huit cycles climatiques (grâce au forage européen EPICA, travail analytique en collaboration étroite avec l’Institut de Physique de Berne en Suisse). Il avait également encadré les tous premiers travaux du LGGE sur d’autres gaz à effet de serre important : le méthane et le protoxyde d’azote.

Son travail en parallèle sur la densification de la neige et du névé et sur la diffusion des gaz l’a conduit là aussi à des contributions majeures pour la communauté travaillant sur les carottes de glace. Ainsi il fit progressivement évoluer son modèle de densification initié au début des années 90, qui aujourd’hui encore fait toujours référence au niveau international. Cette maîtrise qu’il possédait à l’interface entre la physique du matériau neige et l’application en paléoclimatologie s’est avérée décisive pour l’interprétation de nombreux enregistrements des carottes de glace, et notamment de ceux dans les bulles d’air. Récemment il avait coordonné l’installation d’un laboratoire dédié à la glaciologie à la station franco-italienne Concordia en Antarctique. Il y pilotait des travaux fondamentaux sur la structure physique de la neige et son évolution dans ces conditions extrêmes.

Auteur d’une centaine de publications, dont plus d’une vingtaine dans les revues prestigieuses Nature et Science, Jean-Marc possédait une renommée indéniable dans la communauté internationale travaillant sur les paléoclimats, mais aussi dans le petit monde des glaciologues s’intéressant à la physique appliquée au matériau neige/névé.

Jean-Marc était d’une rigueur extrême, ce qui lui a permis d’obtenir des mesures d’une grande qualité. Ses analyses étaient souvent critiques et il a lancé de nombreuses idées novatrices. Au-delà des milliers d’échantillons qu’il a analysés en laboratoire, Jean-Marc aimait le terrain où il a participé à plusieurs missions : forages au Col du Dôme (Alpes), à Summit au Groenland, à Cap Prud’Homme (Terre-Adélie), avec les australiens à Law Dome (Antarctique) et surtout à la station russe de Vostok qu’il affectionnait particulièrement et où il séjourna à trois reprises, en 1991-92, 1995-96 et 2001-02.

Jean-Marc possédait un profond humanisme et aimait la fête entre amis. Nombreux sont ceux qui, au LGGE, ont de grands souvenirs des très bons moments passés ensemble. L’amitié était une de ses valeurs essentielles. Nous garderons ainsi de lui le souvenir d’un ami d’une grande humanité mais aussi d’une grande culture. Son univers était loin d’être restreint à son travail comme en témoigne par exemple son engagement dans sa commune ou son goût prononcé pour les livres anciens.

Nous avons tous admiré sa volonté de se battre pour la vie avec optimisme, et souvent avec humour, jusqu’au dernier moment. Et ce sans jamais se désintéresser de la science qui le passionnait profondément. Jusqu’à la fin, il a toujours fait preuve d’un enthousiasme rare pour discuter d’une question scientifique.

.