Le problème des espèces introduites

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Les îles australes françaises sont soumises à la législation française – et en particulier à la loi du 10/07/1976 relative à la protection de la nature. Elles abritent la diversité spécifique d’invertébrés et de plantes la plus importante des îles subantarctiques. Les vertébrés sauvages y constituent les biomasses les plus riches de la planète. Plantes et animaux présentent des adaptations originales développées au cours de plusieurs millions d’années d’évolution dans un isolement total, au sein de l’océan austral, à des milliers de kilomètres de tout continent.

De manière générale, l’absence d’activités industrielles, la conduite d’activités scientifiques contrôlées et les précautions prises pour l’exploitation des stations contribuent à préserver les milieux naturels.

Cependant, des espèces allochtones (qui proviennent de l’extérieur, qui a été rapporté ou a immigré ) ont été introduites par le passé avec des conséquences parfois désastreuses sur les écosystèmes locaux. Des programmes, qui s’appuient sur la réduction et même l’éradication des espèces introduites, sont conduits afin de restaurer les milieux naturels dégradés. De plus, 2 arrêtés des TAAF datant de 2001 interdisent l’introduction d’animaux domestiques et celle de spécimens d’espèces animales ou végétales non indigènes.

Sur l’île d’Amsterdam, se trouvait il y a quelques années encore un troupeau de vaches devenues sauvages. Il comprenait 2.000 têtes en 1987. Ces animaux étaient les descendants d’un élevage tenté par le Réunionnais Heurtin en 1871. Échappés sur l’ensemble de l’île, les bovins ont gravement modifié l’équilibre naturel local, en particulier celui de la flore et mis en danger la survie de certaines populations d’oiseaux. C’est pourquoi, après plusieurs campagnes de régulation du cheptel, une décision d’abattage complet du troupeau a été décidée par les Taaf, après concertation et accord des scientifiques.

D’autres mammifères terrestres ont été introduits :

  • les souris qui semblent adopter un régime alimentaire exclusivement végétarien.
  • les rats qui consomment des œufs et des jeunes poussins en été mais deviennent végétariens en hiver.
  • les chats qui se nourrissent principalement aux dépens des oiseaux, des souris et des rats.

Apporté sur l’île en 1977, le bec-rose ( Estrilda astrild), passereau de l’île de La Réunion, est le seul oiseau introduit de l’île. Une centaine d’individus nichent à proximité de la base Martin-de-Viviès.

Sub-Amsterdam-Faune-RomainBAZIRE-2014-IPEV-5Au niveau de la flore, le confinement des phylicas dans des zones inaccessibles aux bovins suggère que ces derniers exercent une pression importante sur les arbres. D’autre part, le sol de la zone pâturée est fortement dégradé, laissant la roche affleurer par endroit.

Au niveau de la faune, les nombreux gisements d’os subfossiles d’albatros d’Amsterdam au niveau de l’actuelle zone pâturée suggère que le dérangement par les bovins (piétinement du biotope, des nids, etc.) les a contraints à se confiner en altitude au niveau du Plateau des Tourbières.

Un programme de réhabilitation de l’île d’Amsterdam est en cours de réalisation depuis 1987.

L’introduction de lapins mais surtout de rats, probablement arrivés avec les 1ers bateaux de pêche au 18e siècle, a gravement déstabilisé l’écosystème de l’île Saint-Paul, réduisant considérablement la nidification d’oiseaux. La population de rats à la fin des années 1990 a été estimée entre 50.000 et 100.000 individus (seul un gros rocher, « La Quille », séparé de l’île par un bras de mer était épargné). Grâce à des fonds européens, l’île a été entièrement dératisée en 1999. Depuis la population d’oiseaux maritimes s’est progressivement reconstituée, notamment à partir de ceux réfugiés à La Quille.

L’introduction d’espèces étrangères (souris et rats, puis des chats utilisés pour les chasser) dans les îles Crozet a causé de graves dommages à l’écosystème original, en raison notamment de la prédation exercée sur les œufs et les petites espèces de pétrels. Les cochons introduits jadis sur l’île aux Cochons et les chèvres amenées sur l’île de la Possession – à chaque fois comme source de nourriture – ont été éliminés. Les espèces végétales introduites sur l’île, volontairement ou non, comme le pissenlit ou la sagine, prolifèrent souvent au détriment des espèces locales.

Depuis l’établissement de la base Alfred Faure, le nombre d’espèces végétales introduites n’a cessé d’augmenter. On en dénombre actuellement une 60e, mais seulement 10 espèces arrivent à coloniser l’extérieur de la base : 2 céraistes ( Cerastium fontanum et C. glomeratum), un petit jonc ( Juncus bufonius), 2 graminées ( Poa annua et P. pratensis), la petite oseille ( Rumex acetosella) et une petite caryophyllacée ( Sagina procumbens) ont largement envahi toute l’île. Des pissenlits ( Taraxacum erythrospermum et T. officinale) et une stellaire ( Stellaria alsine) sont encore retreints à un petit périmètre aux abords de la base. La stellaire est la plus « agressive » des plantes introduites. Elle forme des taches monospécifiques excluant les plantes autochtones. Les autres plantes Sub-Crozet-Science-AnaelleATAMANIUK-2012-IPEV-248introduites présentent moins de risques pour la flore autochtone car elles doivent avant tout survivre aux conditions climatiques. Toutefois, un réchauffement de quelques degrés permettrait à ces plantes de boucler leur cycle de reproduction et de produire une plus grande quantité de graines. Leur pouvoir de dissémination serait alors plus important et pourrait devenir problématique.

Les mammifères terrestres introduits à Kerguelen sont nombreux : moutons, mouflons, rennes, lapins (introduits en 1874 depuis l’Afrique du sud), rats, chats. Une tentative d’introduction de visons a heureusement échouée. La truite fario a été introduite il y a 20 ou 30 ans dans les lacs, on la rencontre également en eau saumâtre, aux embouchures des rivières.

L’introduction et la prolifération des lapins aux Kerguelen ont provoqué la destruction des tapis d’ azorelle auxquels s’est substituée une prairie monospécifique d’ acæna . C’est uniquement sur les îles et îlots exempts de lapins que l’on peut trouver aujourd’hui les tapis d’azorelle. Le chou de Kerguelen a pratiquement subi le même sort. L’implantation des autres mammifères a également des conséquences sur la végétation : consommation des graines de chou de Kerguelen par les souris, consommation des lichens par les rennes, etc.

Il est intéressant de noter que le troupeau de moutons de l’île Longue constitue le plus grand troupeau du monde de la race Bizet, originaire du Cantal… qui est menacée en France ! Un couple de mouflons de Corse venant du zoo de Vincennes a été introduit sur l’île Haute dans les années 50. Dix rennes de Suède on été introduits en 1955-1956 sur l’île Haute. En 1981, ils se sont échappés à la nage sur la Grande Terre. Leur population actuelle est estimée à 4.000 têtes environ.

Sub-Kerguelen-Science-FabienEGAL-2014-IPEV-3Les chats ont été introduits en 1950 pour endiguer la prolifération des rats qui avaient eux-mêmes été introduits involontairement par des baleiniers au 19e siècle. Malheureusement, les pétrels sont plus faciles à chasser que les rats… Malgré les difficultés rencontrées pour s’acclimater, grâce à ces oiseaux, certains chats ont pu s’installer définitivement et sont redevenus sauvages. Quelques chasseurs ont bien essayé de les éliminer mais en vain. Les félins ont commencé à se multiplier et la population des pétrels a dramatiquement baissée. Lorsque le nombre de pétrels ne fut plus suffisant pour nourrir tous les chats, ceux-ci ont alors mangé les lapins. Un nouvel équilibre est apparu entre les populations de chats et de lapins, au détriment des espèces de pétrels. Ces mammifères ne pouvant heureusement pas nager, des pétrels ont pu survivre sur les îlots voisins.

La population de chats de Kerguelen fait l’objet d’une étude approfondie . En effet, les pressions de sélection et d’adaptation au froid qu’ils ont subies lors de leur introduction et le confinement qu’ils subissent maintenant sont riches en enseignement pour les biologistes.