Les principaux peuples de l’Arctique

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Peuples indigènes de l’Arctique

les Inuit (ou Eskimos) du nord-est de la Sibérie au Groenland, en passant par l’Alaska et le Canada

On regroupe sous cette dernière dénomination (adoptée par les ethnologues réunis au Congrès international de Washington) un ensemble de populations arctiques réparties entre 56°N et 76°N, de la Sibérie orientale jusqu’à la côte est de Groenland, c’est-à-dire sur un territoire totalisant 15.000 km de côtes. Du point de vue linguistique, les Inuit sont classés en 2 groupes :

  • ceux qui parlent le yupik (en Sibérie, dans les îles de la mer de Béring et sur la côte sud-ouest de l’Alaska)
  • et ceux qui parlent l’ inupiak (ou inuktitut, du nord de l’Alaska à l’est du Groenland).

Les Inuit, qui sont rattachés politiquement à 4 nations (Russie, USA, Canada et Groenland), sont près de 150.000. Le groupe le plus nombreux (plus de 50.000) se rencontre au Groenland, avec les Kalaallit de la côte ouest et les Ammassalimiut de la côte est.

Le mot Eskimo (ou esquimau, correspondant généralement au peuple Inuk du Grand Nord canadien, de l’Alaska et du Groenland), qui provient de la langue crie (peuple amérindien d’Amérique du Nord), signifie « qui mange la viande crue ». Au Canada, les Inuit préfèrent le nom qu’ils se sont donné, soit celui d’Inuit, qui signifie « les gens » en inuktitut. Le singulier est Inuk et le duel Inuuk.

– – – – – – – – – – – – – – – – Un Inuk, des Inuit – – – – – – – – – – – – – – –

Les Inuit ne sont pas affiliés aux peuples amérindiens, arrivés des millénaires avant eux. Toutefois, les mêmes questions politiques se posent concernant les Inuit et les Amérindiens.

Le plus important processus de revendication territoriale dans l’histoire du Canada a mené en 1999 à la création du Nunavut, un nouveau territoire conçu comme patrie d’une grande partie des Inuit du Canada et dont le nom signifie « notre terre ».

De plus, afin de répondre aux revendications des Inuit de la région du Nunavik, dans l’Arctique québécois, le gouvernement du Québec a créé l’Administration régionale Kativik dans le cadre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Au Canada, les Inuit sont représentés par l’Inuk Tapiriit Kanatami.

Pour en savoir plus :

les Sâmes (ou Saamis ou Lapons) au nord de la Scandinavie et dans l’ouest de la Russie

Le peuple Saami est un peuple indigène d’une zone qui couvre le nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et une petite partie de la Russie. Les Sâmes sont un des plus grands groupes autochtones en Europe. Ce n’est pas un groupe ethnique mais un peuple parlant des langues sames d’origine finno-ougrienne (10 langues sont recensées).

Ce peuple est le plus souvent nommé Lapons, mais ses membres préfèrent le nom Sàmi ou Saami, qu’ils utilisent pour se désigner. Le terme Lapon est considéré comme blessant (à rapprocher du Haut-Allemand lapp, signifiant idiot). Ils appellent leurs terres ancestrales Sápmi (Laponie).

Ils sont entre 60.000 et 100.000, répartis dans la calotte nordique qui court des rivages norvégiens jusqu’à la presqu’île de Kola (Russie). Plus de la moitié vit en Norvège, cependant qu’environ 20.000 résident en Suède, 6.000 en Finlande et à peine 2.000 dans le nord de la Russie.

Contrairement aux idées reçues, seulement 10% des Sâmes pratiquent l’élevage transhumant de rennes, l’essentiel de la population sâme exerçant d’autres activités : agriculture, pêche, industrie, activités tertiaires (dans le nord, mais aussi dans les métropoles du sud). Non seulement, l’élevage du renne n’a jamais été généralisé, mais il est entré relativement tard dans l’histoire des Sâmes qui pratiquaient auparavant la chasse de cet animal. C’est surtout à partir des 17e et 18e siècles que le renne domestique est devenu la principale ressource des Sâmes des montagnes et des forêts en même temps qu’il devenait l’ animal emblématique de la culture saami.

Les Sâmes ont en Suède, en Norvège et en Finlande (mais pas en Russie) un droit de vote dans le parlement Saami, une autorité spécialement désignée. Ce dernier est un parlement démocratiquement élu qui agit comme une autorité gouvernementale.

 

Les « Petits Peuples du Nord » de la Russie qui regroupent une mosaïque d’ethnies plus ou moins affiliées entre elles (Évenks, Nénetses, Tchouktches, Aléoutes, etc.), et dont les populations sont peu nombreuses (< 50.000 individus)

C’est sous cette dénomination que les Russes regroupent la mosaïque de peuples autochtones (43 recensées en 2000 par la Fédération de Russie) qui se distribuent à travers l’Arctique et le Subarctique eurasiatiques, notamment en Sibérie.

19 ethnies appartiennent – de manière permanente ou non, beaucoup étant nomades – au domaine arctique ; une classification ethnolinguistique simple permet de les répartir entre 3 grandes familles : ouralo-sibérienne, altaïque et déné-caucasienne.

De l’ouest à l’est : Sâmes – Nénetses – Mansis – Selkoupes – Énetses – Khantys – Kètes – Nganassanes – Dolganes – Évenks – Évènes – Youkaghirs – Tchouvantses – Tchouktches – Kéreks – Alioutors – Koriaks – Aléoutes – Inuit

La grande famille ouralo-sibérienne, la plus ancienne de Sibérie, occupe une place importante dans le nord de la Fédération de Russie. Elle se divise en 5 familles : finno-ougrienne, samodie, youkaghire, eskaléoute et luorawetlane (ou tchoukotko-kamtchatadale).

  • La famille finno-ougrienne se subdivise en 2 branches : fennique avec les Sâmes et ougrienne avec les Khantys et les Mansis.
  • La famille samodie (anciennement samoyède) compte 4 ethnies : Énetses, Nénetses, Nganassanes et, plus au sud, Selkoupes.
  • La famille youkaghire ne compte plus que 2 ethnies : les Youkaghirs et les Tchouvantses.
  • La famille eskaléoute est établie à la fois en Asie et en Amérique, mais c’est sur le continent américain qu’elle connaît sa plus grande expansion avec 2 peuples emblématiques de l’Arctique : les Eskimos Yupik (Inuit de Sibérie et d’Alaska) et les Aléoutes. On estime que le tronc commun eskaléoute s’est scindé en Inuit et Aléoute vers -3000/-2000.
  • La famille luorawetlane fit partie pendant longtemps d’un ensemble hétéroclite appelés « langues paléo-asiates ». La branche compte 4 ethnies ressortissant au monde polaire (Alioutors, Koriaks, Kéreks et Tchouktches). Le groupe kamtchatadale n’est pas inclus dans le monde polaire (Kamtchatadals et Itelmènes) pour des considérations d’ordre géographique et ethno-génétiques.

La grande famille altaïque est représentée dans l’Arctique sibérien par 2 familles : les langues turques parlées par les Yakoutes et les Dolganes, et les langues toungouzes parlées par les Évènes et les Évenks. Les peuples toungouzes ont pénétrés en Sibérie au début de notre ère. Ils ont atteint l’Arctique vers l’an 1000, pratiquement au moment même où les Yakoutes commençaient leur progression vers le sud. Les Yakoutes (ou Sakhas) ne sont pas considérés comme une minorité car la population comptait 382.000 individus en 1989

La grande famille déné-caucasienne, dont la seule famille arctique est dite yénisséïenne , est représentée par l’ethnie des Kètes. Des études récentes la placent au sein d’un vaste ensemble regroupant langues basques, caucasiennes, yénisséïennes et sino-tibétaines. Leur origine est aujourd’hui encore sujette à discussion.

Source : « Le monde polaire – Mutations et transitions », sous la direction de M.-F. André, éditions ellipses, 2005

Quelques ethnies représentatives des « Petits Peuples du Nord de la Russie » :

  • Les Énetses sont établis sur la rive orientale du fleuve Yénisséï et la partie adjacente de la péninsule de Taïmyr. Ils comptent seulement 327 individus (2002). Cette petite ethnie présente tous les signes d’une société proche de l’extinction.
  • Les Nénetses (anc. Youraks) vivent en Sibérie occidentale et au nord-est de l’Europe. Leur aire de peuplement est considérable (1 million de km²), de la péninsule de Kola jusqu’à celle du Taïmyr. C’est la plus importante minorité autochtone du Nord avec 41.454 âmes recensées en 2002. leurs activités traditionnelles vont de l’élevage du renne dans la toundra, à la chasse et la pêche dans la taïga.
  • Les Aléoutes de Sibérie sont établis sur l’archipel du Commandeur (îles de Bering et du Cuivre). La population aléoute de Russie s’élevait à 592 personnes au dernier recensement de 2002, marquant un déclin par rapport à celui de 1989 (644). Environ 200 Aléoutes ont quitté leur île pour s’installer au Kamtchatka. Les activités traditionnelles sont la chasse aux mammifères marins, la pêche et le ramassage des coquillages.
  • Les Tchouktches vivent dans le District autonome de Tchoukotka, au Kamtchatka ainsi qu’en Yakoutie. Leur population s’élève à 15.827 personnes (2002). Comme les Koriaks dont ils sont proches culturellement, on distingue chez eux les continentaux, éleveurs de rennes nomades, et les côtiers, chasseurs-pêcheurs sédentaires.
  • Les Évenks (anc. Toungouzes) ont un domaine encore plus étendu que celui des Nénetses : il va de l’Arctique à la Mandchourie, le fleuve Amour et la Mongolie, soit 2,5 millions de km². Leur population est de 36.377 âmes (2002). La population du Nord pratique la renniculture et la chasse.

À ces ethnies, dont les populations sont toutes inférieures à 50.000 personnes, les Yakoutes (ou Sakhas) peuvent être ajoutés aux peuples de l’Arctique sibérien.

Russian Association of Indigenous Peoples of the North, Siberia and Far East (RAIPON)

Les Yakoutes (ou Sakhas) en Russie qui ne peuvent être classés dans les « Petits Peuples du Nord » du fait de leur importante population (>300.000) et dont un grand nombre vit en Sibérie arctique

Les Yakoutes (qui se nomment eux-mêmes Sakhas) sont un peuple sibérien qui forme la branche nord-est des peuples turcs. Refoulés au XIV e siècle des parages du lac Baïkal dans la vallée de la Léna, ils occupent aujourd’hui presque en totalité les bassins des fleuves Khatanga, Olekma, Léna, Yana et Indighirka, empiétant sur les territoires de leurs voisins : Toungouzes, Tchouktches, Samoyèdes, etc.

À partir du XVIII e siècle, des colonies russes migrèrent peu à peu dans ces régions et aujourd’hui leurs descendants représentent la moitié de la population de la République de Sakha (ex-Yakoutie). Les Yakoutes eux–mêmes représentent le tiers de la population et le deuxième plus grand groupe ethnique.

La Iakoutie qui couvre le 5 e de la Fédération de Russie abrite l’un des « pôles du froid » terrestres : Verkhoïansk. C’est dans cette ville que fut enregistrée au début du XX e siècle une température de -71°C en zone habitée.

Les Iakoutes sont chasseurs d’élan, éleveurs de chevaux et de bovins, parfois commerçants. Ils sont plus de 300.000, constituant ainsi l’un des peuples de Sibérie les plus nombreux. La chute du régime communiste a vu naître un important phénomène de renouveau culturel.

L’épopée iakoute a officiellement été inscrite par l’UNESCO au patrimoine immatériel de l’humanité en 2005. Leur langue se parle d’Irkoutsk à la mer d’Okhotsk et de la frontière chinoise à l’océan Arctique, sur un domaine immense couvert par les montages et la taïga mais désert.

Pour en savoir plus

ZOOM SUR...

Répartition des peuples arctiques basée sur les groupes linguistiques : http://www.grida.no/graphicslib/detail/demography-of-indigenous-peoples-of-the-arctic-based-on-linguistic-groups_b4c8