Actualités > Tout public > Des nouvelles du terrain > TERRADELIRE N°11
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EDITO
La glace est encore présente autour de nous. Peu de changements sont visibles lorsque l’on regarde par la fenêtre. Un peu plus d’eau au pied des banquettes, un peu moins de neige, des températures plus douces, l’été est à nos portes mais tarde à se faire sentir.Ceci n’est pas autant vrai pour les résidents de l’île, car l’hivernage est maintenant clos. Nous ne sommes plus vingt-sept sur la base. Les premiers campagnards d’été sont arrivés et la population de Dumont D’Urville a doublé. Ils sont arrivés petit à petit, par hélicoptère, par avion,... Les changements se sont fait en douceur.L’île retrouve un air estival. Les gens travaillent dehors. Une certaine frénésie plane dans l’air. Aussi, les oiseaux piaillent à droite et à gauche. Le silence de l’Antarctique est en fait un mythe, tout du moins à DDU, entre les bruits de machines et les oiseaux.Nous sommes sur la fin de notre séjour en Antarctique. Certains de nos remplaçants sont déjà arrivés. Nous allons devoir céder notre place, et nous préparer doucement à quitter notre île, oui notre île, cette île qui aura été la nôtre pendant huit mois. Ceci est alors notre dernier caillou, la TA61 aura ses premiers départs d’ici deux semaines avec la rotation R1 ...L’Astrolabe, lui qui n’aura pas vu de caillou pour la rotation R0 en raison d’une banquise trop présente, s’en retourne vers Hobart. Il reviendra bientôt et nous espérons l’apercevoir à l’horizon car la débâcle tarde à arriver.Nous vous remercions d’avoir été nos lecteurs. Nous en resterons là et laissons la place aux suivants, la TA62.
Camille
Le Verbe
Au commencement était le Verbe.
Pas n’importe lequel : le verbe « hiverner ». On ne savait pas encore trop ce que ça voulait dire alors.
On a donc débuté l’ « hivernage » comme on découvre un gâteau de Clément : on ne sait pas quel goût ça va avoir mais on est sûr d’aimer.
Avec le temps, la banquise qui s’étend et les manchots qui se dandinent patiemment entre la mer et la manchotière, on a doucement appris à connaître le Verbe. Chacun a acquis sa propre expérience et a pu le définir. 27 définitions différentes. Peut-être plus, parait-il qu’un 28ème hivernant se cachait sur la base… (sûrement dans nos têtes si vous voulez mon avis).
Du vent a soufflé depuis le départ du bateau en mars dernier. Il a formé des congères tout comme un hivernage crée des liens entre les gens et les gâteaux de Clément des kilos sur la balance.
On sait maintenant qu’il ne fait pas si froid à Dumont D’Urville, que les manchots ont des poussins qui font piou-piou comme n’importe quel poussin, que les phoques ont des poussins qui font Boeuah comme très peu de poussins et que les léopards des mers sautent au moins aussi bien que les léopards des terres.
Au commencement était le Verbe.
Et à la fin, ce sont 8 mois qu’on n’oubliera pas.
Guillaume
LA CHRONIQUE DES MANCHOTS ÉCRASÉS
1. Maman nous l’a rappelé lors de la réunion du lundi : les Manchots sont toujours prioritaires quand on les croise sur notre chemin. Que l’on soit en tracteur, en dameuse, en mobylette ou à pied. Il faut ralentir, s’arrêter si besoin, les laisser passer, les admirer : qu’ils soient Adélie ou Empereur, nos Manchots sont beaux !
Et ils sont ici chez eux…
2. Verdure Australe.
Avec l’arrivée du jour permanent, nous pensions ne plus avoir affaire aux Horreurs Australes et en laisser la gestion hivernale prochaine aux suivants. En ce 25 Novembre, plusieurs indices laissent penser qu’elles agissent encore, même en pleine journée. Cet après-midi, vers les 17h, une tentative de Coup d’Aurore semble avoir eu lieu sur le Soleil. Sentant une petite fraicheur poindre, alors que le Soleil était encore haut et que le Vent soufflait ailleurs, quelle ne fut pas notre stupeur de découvrir notre Astre de chaleur attaqué par la tête. Après plusieurs dizaines de minutes de lutte silencieuse, le Soleil se débarrassa de l’Aurore et retrouva sa rondeur.
Dans le même temps, les observateurs présents sur le site de la colonie de Manchots Empereurs relatèrent d’étranges tâches vertes apparues sur le duvet de certains gros poussins. Une nouvelle fois, l’enquête a été confiée à Maman, représentante de la Loi sur le Caillou.
Tentative de Coup d’Aurore sur le Soleil, observée à travers un masque de soudeur, et tâche verte observée au même moment sur un Poussin Empereur
3. Un matin frisquet du mois de Juillet, le petit Tintin est né chez nos Voisins d’à côté. Dans le Terradélire n°10, Tintin nous avait parlé de ses trois premiers mois de banquise, de son émancipation. La Gazézette se fait un plaisir de lui offrir à nouveau quelques pages pour qu’il nous présente la suite son regard sur la Vie.
"J’ai maintenant 4 mois et demi et je suis un grand. Depuis quelques jours, je suis en train de perdre mon duvet gris plein de crotte : côté pile, des tâches noires sont apparues sur mon dos ; côté face, j’ai une belle culotte blanche au-dessus de mes pattes. Le dessous de mes ailerons est déjà tout dégarni ! Ils sont encore bien mous, et quand je marche, ils se balancent en trainant par terre. Je suis presque aussi grand que mes parents, mais je suis bien plus gros : je suis plein.
D’ailleurs, sur la colonie, des parents il n’y en a plus beaucoup… En général, quand ils rentrent de faire les courses en mer, ils se nettoient un peu en arrivant puis parcourent la colonie en s’arrêtant pour chanter. Souvent, ils en profitent pour draguer un peu d’autres manchots en chemin, chantent avec un autre adulte, se bloquent quelques minutes avec lui puis repartent en quête de nous. Quand on les entend, nous, les poussins, on pioute. Alors ils viennent vers nous, chantent. Ensuite, on peut leur bécoter le bec pour qu’ils nous remplissent. Vu la taille de nos gosiers et estomacs, le remplissage ne dure désormais plus très longtemps… On réalise de nombreux transferts d’adulte à poussin, en un temps record, et c’est assez fatigant. Quelques heures à peine après être arrivé, Papa ou Maman repart faire les courses. Ils ne reviennent qu’au bout d’une semaine à une dizaine de jours. Pendant ce temps-là, je reste à glander avec les autres poussins. On dort, on grandit… On déambule dans la colonie en essayant de soulever notre ventre au-dessus de nos pattes, en trainant nos ailerons ballants. Avec les copains, on a aussi trouvé un nouveau cri de grands, et parfois, quand on a peur on se met tous à crier comme ça en battant des ailerons. Parfois, aussi, on le fait pour rien, on gigote en criant comme des petits fous, pour jouer, pour faire du bruit et agacer les adultes qui essayent de dormir… Mais on a gardé quand même le pioutement de quand on était petit pour réclamer à manger !Avec nous sur la colonie, il y a aussi pas mal de glandeurs, les manchots en échec de reproduction cette année, qui reviennent de temps en temps. Ils dorment, glandent, ou déambulent en chantant devant chaque poussin comme de vrais parents. Parfois, si on a envie de leur répondre et de passer un peu de temps avec eux, on peut récupérer un repas supplémentaire. Eux restent plus longtemps que les vrais parents, une semaine, parfois plus. Puis ils s’en vont, et nul ne sait s’ils reviendront cette année ou pas. Ils meublent un peu la colonie, maintenant que nos parents passent quasiment tout leur temps sur la banquise ou dans l’eau…
Une autre nouveauté dans ma vie de poussin est que le Grand Oiseau qui vole a arrêté de nous embêter. La dernière fois qu’il a essayé de me manger, je traversais avec une quinzaine d’autres poussins entre deux groupes distants de 200 m. le Grand Oiseau est passé au-dessus de nous une première fois, on a tous dressé le bec en criant. Puis il est revenu et s’est posé lamentablement juste à côté de nous. On s’est tous resserré dos à dos pour lui faire face. Il tournait autour de nous en se dandinant maladroitement, essayant de temps en temps d’attraper l’un de nous. A chaque tentative, on lui criait dessus en le fouettant avec nos ailerons et en essayant de lui donner des coups de becs. On avait très peur, mais à chaque fois il reculait, parfois avec une touffe de duvet dans le bec… Il secouait alors la tête, énervé, pour s’en débarrasser… Il a fini par s’asseoir à coté de nous en nous dévisageant. Nous, nous continuions à crier en agitant nos ailerons. Et puis on s’est calmé et on a attendu nous aussi. Quand il s’est brusquement relevé, on a eu peur à nouveau mais il s’est mis à courir et a décollé.
Et puis il y a les Petits Teigneux. Ceux-là sont revenus il y a un peu plus d’un mois. Ils courent n’importe comment sur la banquise, s’arrêtent un moment, puis repartent en courant, pas forcément dans la même direction… Rien à voir avec la belle démarche régulière et posée de nos parents. Parfois, certains traversent notre colonie en courant, les ailerons écartés. Ils s’arrêtent au milieu et râlent. Ils n’arrêtent pas de grogner et de râler. Comme s’ils ne pouvaient pas passer ailleurs qu’au milieu de chez nous ! Autant ils respectent nos adultes (faut dire, avec leur taille de nabots, ils n’ont pas vraiment le choix…), autant ils n’arrêtent pas de se moquer de nous autres, les poussins. Ils disent qu’on est gros et ils nous appellent les Tas. Il parait que parfois certains nous tabassent, mais ça ne m’est jamais arrivé. Depuis qu’ils sont arrivés (il y en a plein partout sur les cailloux autour de notre colonie), le niveau sonore de l’archipel s’est vraiment élevé et l’odeur de l’air ambiant en a pris un coup… Je me demande si ça ne va pas bientôt être le moment de nous en aller…
Certains de nos poussins dont la mue est la plus avancée commencent à parler tous excités de partir en mer. Brrr… Moi ça me fait peur cette idée là… Je suis bien ici ; et j’ai jamais appris à nager…"
Tintin (Traduction du ptiot)
A suivre…
Tintin, instants de vie. Parmi les vues générales, on retrouvera un remplissage de Poussin, une des dernières attaques de Grand Oiseau, une arrivée de parents, un poussin muant côté pile et côté face, les Petits Teigneux…
A tout’
Le ptiot
L’ACTU DE LA BANQUISE ET AUTRES GLACONS
Du côté de la Banquise
Pas grand-chose à signaler. Nous avons bien pris soin de notre Banquise tout au long de ces derniers mois, elle demeure compacte, épaisse et solide. La débâcle ne semble pour le moment pas à l’ordre du jour.
On s’attache à sa Banquise…
La Base Dumont d’Urville fin Novembre, sa Banquise et (si l’on approche un peu les yeux…) ses Manchots Adélie qui ont recolonisé les cailloux
Avec l’arrivée des gens de l’été, on ne compte plus le tonnage de containers qu’elle aura supporté entre notre Caillou et la base voisine de Cap Prud’Homme. A l’aube du mois de Décembre, pas un trou d’eau, pas une faiblesse ne sont visibles à 10 kilomètres à la ronde. Seules les traditionnelles rivières et crêtes de compressions, dans les zones soumises à la poussée du Glacier, pourraient piéger le promeneur distrait ou maladroit. Derrière l’une de nos îles, le Glacier, en poussant la Banquise, l’a déformée sans la rompre, faisant apparaitre une succession de plissements formant de grandes vagues gelées.
Vagues de Banquise
Un peu plus loin, cependant, la Polynie déjà signalée dans la précédente gazézette est toujours là, parfois légèrement regelée de quelques centimètres de glace, parfois en eau liquide. Simple trait noir sur l’horizon, elle prend toute sa dimension quand on s’élève un peu au-dessus du Caillou.
Le Glacier de l’Astrolabe avec, à sa gauche la base DDU, puis la Banquise avec tous les Glaçons qui ont accompagné notre hiver et, tout au fond, notre Polynie d’eau libre
Ainsi, dans des élans d’optimisme, certains d’entre nous voyaient déjà le bateau chargé des premiers gens de l’été venir accoster au bord de notre trou d’eau, à 10 km du Caillou. Il n’en fut rien. L’Astrolabe fut arrêté par le pack bien avant d’atteindre la Polynie. Profitant d’un bref créneau météo favorable les 4 et 5 Novembre, les premiers gens de l’été purent être débarqués par hélicoptère. Le bateau, véritablement bloqué entre plusieurs plaques de banquise se mit à dériver avec le pack et finit par être hors de portée légale des hélicos. Les 22 et 23 Novembre, une piste travaillée sur la Glace de mer à proximité du bateau, à l’aide de quelques pelles et paires de bras, permit à un petit avion d’aller chercher les derniers gens de l’été encore présents sur le bateau. Celui-ci attend désormais que son étau de Glace se desserre pour regagner, éventuellement, la Tasmanie. Nul ne sait combien de temps cela peut prendre…
Le Continent Antarctique, la Banquise, la Polynie, le Pack dérivant et quelques nuages vus d’en haut. Le 27 Novembre, L’Astrolabe est toujours bloqué à 285 km de Dumont D’Urville (Crédit photo satellite : Météo France)
Twin Otter se posant sur une plaque de Banquise à côté de l’Astrolabe
(Crédit photo : Serge Drapeau / IPEV)
En marge de nos petites activités humaines, les Manchots continuent leur vie sur la Glace de Mer. Nos Empereurs achèvent leur cycle de reproduction hivernal. Leur colonie, qui se déplace perpétuellement tout au long de l’hiver, sera finalement toujours restée à proximité immédiate de notre Caillou. Dans cette zone, la Banquise recouverte de fientes chauffe plus rapidement qu’ailleurs et avec la hausse des températures de ces dernières semaines, quelques flaques d’eau piégeuses sont récemment apparues : de quoi mouiller ses bottes ! Les Poussins ont sacrément grandi, mais Tintin vous racontera ça mieux que moi.
C’est une grosse larme à l’œil que nous les regarderons bientôt quitter ce "chez-nous" commun pour gagner la Mer…
Nos Voisins de l’hiver, fin Novembre : il y a désormais bien plus de poussins (en gris) que d’adultes sur la colonie
Par ailleurs, nous vous l’avions annoncé dans le numéro 10 : la relève n’a pas attendu le départ des Empereurs pour envahir nos îles. Pourtant, l’arrivée n’a pas été aussi massive que ce que nous attendions. Le 20 Octobre, un premier Manchot Adélie a traversé incognito la Banquise puis notre Caillou, se rendant directement sur son nid de petites pierres. Puis il s’est couché. 2 jours plus tard, toujours seul sur l’île, il est reparti. On ne l’a revu qu’une semaine après… Entre temps, quelques-uns de ses congénères étaient arrivés, puis les autres ont suivi, progressivement. Sur la Glace de Mer, ils sont moins ordonnés que leurs cousins Empereurs. Bien sûr, parfois, ils arrivent en petites colonnettes de plusieurs individus. Mais bien souvent, c’est en petits groupes dispersés qu’ils accourent. Car contrairement aux Grands Manchots, on a l’impression que les Petits sont tout le temps en train de courir. Par moments, ils s’arrêtent, regardent à droite, à gauche, en étirant le cou, râlent ou grognent un peu, pour la forme, puis repartent en courant… Ils ont l’air pressés, mais n’hésitent pas à faire un détour quand ils croisent une curiosité ou un hivernant. Ou à se coucher derrière un petit bourrelet de neige pour dormir un moment…
Nos Voisins d’été, en vrac, en train d’arriver sur la Glace de mer
Passage de relai sur la Glace de mer entre nos Grands et Petits Manchots, Voisins d’hiver et Voisins d’été
Globalement, leur installation sur les îles s’est faite, cette année, avec 10 jours de retard par rapport à leurs habitudes. Cela a-t-il un lien avec le retard déjà observé un mois plus tôt chez les Phoques de Weddell (voir Gazézette n°10) ? Avec la solidité et la compacité de notre Banquise de proximité ? Avec la densité du Pack au large, qui retient prisonnier notre bateau ? Peut-être…
Ce sera aux scientifiques de nous dire ça, dans un prochain numéro "Spécial Science" que ne manqueront pas de faire nos collègues successeurs de la 62ème mission en Terre Adélie. Puisqu’il parait que nous allons devoir leur laisser notre place…
Du côté des Glaçons
Nos Glaçons flottants attendent toujours gentiment que la Banquise les libère pour reprendre leurs déambulations le temps d’un été, le temps de profiter des quelques années qui les séparent de la fonte. Nous leur rendons toujours, à l’occasion, de petites visites de courtoisie.
Juste pour le plaisir, une dernière image de nos Glaçons. Puisqu’il se dit qu’il va nous falloir quitter ce lieu, prochainement…
De l’autre côté, vers le Sud, il y a toujours l’autre gros Glaçon, énorme même, celui qui ne flotte pas : l’Antarctique. Nous aurons vécu à côté de lui tout un hiver, nous l’aurons effleuré du doigt… Mis un pied dessus, comme ça, juste pour dire "je suis allé sur le Continent !"
Avec l’arrivée des gens de l’été, l’activité s’y anime également. Nos douze collègues hivernants à Concordia ont été envahis à leur tour par des hordes humaines débarquées de petits avions. Du village voisin de Cap Prud’Homme, ouvert à l’arrivée des gens de l’été, un premier convoi de tracteurs remorquant matériel et gasoil est parti il y a quelques jours… D’ailleurs, certains d’entre nous sont partis, ou sont sur le point de partir, eux aussi, tout en haut de ce Gros Glaçon. Le temps d’un été.
Préparation du premier convoi pour Concordia
C’est un peu comme si notre hivernage se finissait…
A +
le Ptiot
DES NOUVELLES DES MANCHOTS
*L’histoire de M39*
Monsieur et madame 39 sur leur nid. Madame couve.
Alors que je devais être en train d’écrire cet article pour la Gazette, je me suis retrouvée à surveiller un manchot Adélie mâle (monsieur 39) de notre colonie d’étude que nous devions capturer à son départ en mer pour l’équiper d’une petite puce servant à l’identifier. Je ne l’ai pas capturé car il n’est pas sorti de la colonie pendant mon tour de veille, mais j’ai bien rigolé à l’observer. A défaut de pouvoir vous envoyer une vidéo, je vais vous raconter ce qu’il s’est passé.
Les manchots Adélie arrivent sur leur colonie fin octobre/ début novembre. La femelle pond deux œufs vers la mi-novembre. Ensuite elle part se nourrir en mer pendant environ 15 jours. Cette année les manchots sont en retard d’une semaine, et les premières femelles commencent tout juste à rentrer de mer. Elles relayent le mâle sur le nid pour couver les œufs. Le mâle part à son tour se nourrir en mer.
Madame 39 étant déjà équipée d’une puce, nous avons été avertis par notre logiciel qu’elle était rentrée dans la colonie. Lorsque je suis descendue, elle avait déjà pris place sur le nid, là où monsieur couvait depuis 15 jours en attendant son retour. J’imagine qu’ils ont chanté à plusieurs reprises lors des retrouvailles puis que monsieur lui a laissé sa place. Elle était toute propre et bien dodue, alors que lui était maigrichon et sale, de n’avoir ni mangé ni pris un bain depuis plus d’un mois.
Au lieu de lui faire une bise puis de partir faire les courses, monsieur a fait le fier et s’est mis en tête de regarnir de cailloux le nid pour madame. Elle était tellement dodue que le nid a dû lui paraitre riquiqui.
Ici, un caillou est précieux. Difficile d’en trouver à tous les coins de nids. La meilleure solution, adoptée par monsieur 39, consiste à les piquer dans les nids des voisins. Pas n’importe quel voisin. Trois nids plus haut on trouve M33 qui a un nid dégoulinant de cailloux, mais M33 il ne faut pas trop l’embêter si on ne veut pas se faire tabasser. Une fois de temps en temps, quand il est distrait, ça peut passer. Sinon un peu plus à droite, se trouve l’ennemi numéro un de monsieur 39. Certainement de vieux comptes à régler. C’est chez lui qu’il se réapprovisionne, c’est lui qu’il fait tourner en bourrique. L’approche est toujours la même. Monsieur 39 se glisse près du nid, patiente pendant que la victime trépigne. Il se fait tout petit, avance la tête vers les précieux cailloux. Puis d’un coup, bondit sur le nid, se fait attaquer par le propriétaire mais arrive à ressortir avec un caillou dans le bec. Et c’est tout fier qu’il rentre le déposer au pied de sa dame, surfant au passage sur le rocher qui mène au nid. Madame a l’air indifférente, et replace d’un coup de bec le nouveau caillou parmi les autres.
Monsieur 39 (à gauche) attaque son vieux rival (à droite) pour lui voler des cailloux.
Monsieur 39 descend la pente menant à son nid en surf !
Ce petit cinéma a duré bien longtemps. J’admire l’énergie que ce manchot a mis dans la recherche de cailloux alors qu’il n’avait pas mangé depuis plus d’un mois.
Framboise
LE PORTRAIT D’UN HIVERNANT
La Patate Jaune, aussi appelée le Truc Jaune Débile (ou TJD).
- Qu’as-tu fait avant de venir ici ? Un résumé rapide de ta vie.
Je vis ici. Je suis, en quelque sorte, née ici en 2006. Depuis, je vois se succéder les missions que je passe dans un bâtiment ou un autre. En 2008, je suis partie un an en vacances à travers le monde, puis je suis revenue là et je me marre.
- Pourquoi venir ici ?
Pour rigoler.
- Comment imaginais-tu l’Antarctique et comment le vois-tu maintenant ?
J’imagine rien, je regarde, et je me marre.
- Que fais tu pendant une journée de travail ?
Je ne travaille pas. Je regarde les autres travailler, et quand on m’appuie sur le ventre, je me marre. Cette année, j’ai regardé Xavier travailler à la radio. D’autres années, j’avais déjà regardé des météos, des biolos, des glacios…
- Ton moment préféré de la journée/semaine ?
Quand on m’appuie sur le ventre : ça me fait rire !
- Ton défaut ?
Heu… Mon rire : diabolique !
- La personne la plus déjantée de la base ?
Facile ! C’est la Patate Jaune ! (rires…)
- Quels petits plaisirs as-tu apporté dans tes malles ?
C’est moi que quelqu’un a apportée dans une malle un jour. Pour ma part, je me suis contentée de deux piles AA qui me font rire !
- Ton mot de la fin ?
Les avis de Framboise (Manchologue), Bruno (Aspirateur), de Xavier (Radio) sur le Truc Jaune Débile / la Patate Jaune
- Une description rapide ?
Rond, jaune, sourire charmeur, rire dément, contagieux…
Petit, jaune, ressemble à une patate et a toujours le sourire. Quand on appuie sur son ventre, elle lâche un grand éclat de rire. De grands yeux.
- A quel aliment te fait-il penser ?
Devine !!
Une frite…
Une carotte orange
A une éponge. Mais ça se mange pas…
- Son défaut selon toi ?
Elle se marre tout le temps quand on s’appuie dessus pour dormir.
Et ça empêche de dormir…
Sa bonne humeur.
Un rire un peu agaçant. Moqueuse.
- Un bon moment passé avec lui ?
Tout l’hiver quand je lui appuyais sur le ventre.
Beaucoup… ici, bien sûr, à se marrer ensemble en regardant les Adélies ; les nombreuses nuits à partager notre sac de couchage, en montagne, pendant ses grandes vacances ; quand je l’ai présentée à mes petites nièces, et que la petite dernière n’arrivait pas à la faire rire…
Quand elle a projeté ses photos de vacances à la Mid’truc.
LE DESSIN DU DOC